Regarder

Et pourrais-tu regarder la mort

de la même manière

que ce sexe ouvert

et odorant ?

Trouble

Il regarde l'orgasme de la femme

et se demande pourquoi

ce mince filet d'urine

le trouble autant

La lune

Natzuko écarte ses fesses

le vieux y voit la lune

et reprend un peu de soupe

Courir…

Phidippidès, Eliud Kipchoge,

Feyisa Lilesa, Abebe Bikila,

Stephen Kiprotich, Waldemar Cierpinski,

Samuel Wanjiru, et Galen Rupp.

Dans le fond du marabout

Il reste encore des kilomètres

De ficelle grecque.

À la poissonnerie

Triméthylamine de Saint-Vagin 

À Glaire de Lafontaine :

« H3C, H3C, CH3, N ! »

Glaire de Lafontaine à

Triméthylamine de Saint-Vagin :

« On arrive, on arrive ! Y a pas l'feu ! »

De Montfort, la morue

Elle était de Montfort, la morue.

Nous habitions dans la même rue.

Je la voyais parfois toute nue

Dans une position saugrenue.

« Et qu'en est-il de mon farfelu ? »

Me lançait-elle, la dissolue,

Quand elle voyait mes yeux goulus

Qui mataient sa touffe très velue.

Le derrière d'Esther

Quand je vois ton derrière, Esther,

Je sais qu'il est temps de prendre mon cimeterre

Et de me rendre au cimetière

Pour surprendre la pécheresse tout entière.

Traduction

« Alors elle prit ses livres entre ses

Mains et les serra l'un contre l'autre. »

Je me demande s'il n'y a pas un problème de traduction…

Le mode majeur

Johnson Johnson épluchait les pommes de terre

Quand les Variations passèrent dans le mode majeur.

« Je sais bien qu'il s'agit de Haydn mais tout de même ! »

Et il quitta la cuisine pour aller prendre un bain.

Point-d'orgue

Quand Robert Schumann entra dans le salon,

Faconde Norwest était en train de s'épiler.

Alors, au-dessus de la mesure,

Il inscrivit un gigantesque  point-d'orgue.

Sous sa touffe

Sous sa touffe la phrase grandissait

Et grandissait tellement qu'en son

Milieu un ciel apparut

Comme une mousse de désir


L'Aubergine

Elle fait frire l'aubergine

Et de sa main libre

Elle prend mon chibre.

— Le calme de la cuisine.

Frisson

Entourant ses genoux de ses bras

Elle inspire profondément…

Ses seins ont frissonné.

Les Heures

— Est-ce que les heures passent, Kagi ?

— Non, c'est toi qui passes, pas les heures.

— Mais alors, à quoi bon mettre le réveil, Kagi ?

— Ainsi tu pourras mourir à temps.

Les œufs mollah

Moi je voulais faire de la peinture…

Nicole voulait des œufs mollah

Et y en avait pas !

Elle m'a fait toute une gigue

Jusqu'à la fatigue.

C'est pas pour dire, que je lui fais,

Mais je ne suis pas assez épais

Pour supporter toutes tes scènes.

Et c'est là qu'elle me colle un ébène

En dessous de la ceinture.

Sur le pot au rose (chanson)

Je n'y peux rien, ma vie est un opéra

Bouffe. Je ne mange que des carottes

Rapées. Tout rose et souriant je suis

Paré. Je m'allonge dans mon

Canapé et j'écoute Néfertiti

Qui chante Pelléas, en apnée dans la

Canopée. Hop hop hop ! En canot

Avec Debussy dans l'Agapé nous

Ramons ferme jusqu'au Da

Capo. Tout nu dans mon canapé,

Tout cané dans mon catapo

Ma vie est un opéra sur le pot

Au rose. Sur mon canapé catho dans la

Canopée j'avale ma potée en pot.

La chanson du mal baisé

On et pas tousse pareil bz Albertine !

On et pas tousse pareil quan l'abise fu venu !

On et pas tousse pareil bz Tantine !

J'étais plus heureux quand j'étais méchant !

Des corps en vers

J'ai enfin compris les pommes de terre ;

Bientôt je m'attaque aux haricots verts.

— La poésie n'est que décor envers.

Dialogue normal

— La loi rire a été adoptée à l'unanimité.

— Tu veux dire le Roi Lear ?

 — On dit : le roi lit…

 — Ah oui, le Roi Lion, je connais.

Entre systole et diastole

Faconde Norwest avait bien prévu

De rendre sa tension à Kagi Ku

Mais à la dernière minute

Elle a jugé la chose impossible.

Entre systole et diastole

Elle n'arrivait pas à choisir.

Tension

Kagi prend sa tension toute la journée.

Dès qu'il arrête de la prendre,

Elle augmente dangereusement !

Delphine sans eau

Delphine aime les pines fines

Qu'elle boit sans eau à la bouche-

Rie en se donnant bonne mine.

À Delphes, parmi les préludes

Brisés par le vent dans la plaine,

La sérénade interrompue

Alterne, sourate de tierces,

Avec la feuille, morte Ondine

D'une cathédrale engloutie,

Dans le brouillard cheveux de lin.

Dialogue à la ferme

— Ah, l'inculture des masses !

— Ferme-là, Victor, et viens nettoyer le four.

— Attends, Blandine, j'ai pas fini l'écurie.

— Et si tu pouvais baisser ton Puccini, là, on s'entend plus !

Ondine

Quand (1)
Melchior (2)
parle (3)
à (4)
Gaspard (5)
de (6)
la (7)
nuit (8)
qu'ils (7)
ont (6)
passée (5) 
avec (4)
Balthazar (3)
dans (2)
une (1)
étable (2)
mal (3)
chauffée, (4)
Scarbo (5)
pense (6)
au (7)
gibet (8)
d'Aloysius. (9)

1 2 3 4 5 6 7 8 7 6 5 4 3 2 1 2 3 4 5 6 7 8 9


Déjà vieux

Pousser le volet

Le ciel est déjà là

Jubilation dans les chairs

Pris par la même vague

De grande haleine

J'habiterai ce nom

Tant que

10 juillet 2004

Premier souffle du matin

son pied qui dépasse –

Ma langue sur son nez froid

Lulu

Quand Lulu sort de sa nuit polaire,

Son manteau de phoques

Jeté sur ses molaires,

Elle se glisse du toc

Sous la falaise

De son clito.

Dans et par l'ouïe

Oui, et à part oui,

Ouïr et jouir, 

Avant d'écouter, même,

Oui, s'épanouir et s'évanouir,

Entendre et comprendre le oui,

Qui luit, lui, dans l'ouïe

De Louis, par hasard et par nécessité, 

Alors que le non des noms est 

Dieu, sans aucun doute, démon 

Aux cent mille noms inouïs.

Ode brève

Boulez — à l'aise Pierre —

A claqué sa pipe

Une année bissextile

Sans tambour ni hautbois.

Musique, Roger !

Quand nous pétulions sous les Pétulas

Écoutiant à la rado Dalida

Et Daladier dans leur beaux pyjamas

En train d'avalier leur bon Banana

Juste avant de s'envioler pour Batna

Allant y chercher leur derner karmia

Sous les vivats un peu et les crachiats

On nous fit entendre du Sinatra

Dont c'était l'anniversaire ici-bas

Le désastre du progrès

Le secret des tIerces

Lamina l'animal

Et finit par

Casser le ressac.


Inventons le dégrès.

En plein jour

Bérénice, qui était sourde comme un pot,

Trouvait que la musique faisait trop de bruit.

Clémentine

Ah, Clémentine, Clémentine,

Comme tu me serres la pine,

Quand tout me revient en latin

Sous ton fier popotin hautain.

De Curcuma

Le curé de Curcuma m'a dit

Dix fois : foi de Curcuma, Madile,

Il faut faucher chez soi, soit chez Odile,

Et dealer les épis, espiègles délits,

Si Manu n'est pas manucuré en nénuphar

La nue pharmacienne sans fard

Farcie de piercings — épilée sous le string —

Fera sonner ses anneaux au feeling.

On fray comme on peut

Onfray à la diète

Nez en trompette !

Poème sans musique encore

Sous les quintes lourdes et blondes,

D'élégiaques cordes profondes

Gonflées par le tyran séreux

Lèchent le ton de mille feux

Roulants et blêmes, funérailles

Épouvantées, lourdes sonnailles

Aux atroces grelots canailles

Qui tous ont l'éclat du vitrail.


Paroles

Comme on aurait voulu

que la litanie se jetât

sans une escale de lumière

dans une mère morte.

Les voyages à la bougie

Kiss et Bougie s'emmêlent les bijoux

C'est pas du tout comme cela qu'on fout

La grandiose anomalie des cités

Mais Bijounet s'en est allé chanter

Tout l'été en Syrie fait le kéké

Et nous revient, prince dans son boubou




Au clair de la brune, leste comptine

Au clair de la brune,

Mon amie Pierrette,

Prête-moi tes lunes

Pour y faire trempette.


Ma chandelle en pente,

Je n'ai plus de dieu ;

Ouvre-moi ta fente,

Pour l'amour du pieu.


L'Affligeant

Je suis l'Affligeant, le veuf, le déboussolé,

La pince d'Arabie à la poutre amollie :

Ma Luna est morte, - et son or conspué

Porte le souci noir de la messe en sursis.

Variations sérieuses

Ses purs ongles très haut de Schumann

Inscrit en ombres planes et sang

Sur le chant syncopé de l'oubli

Et très haut les ombres dures

Et défuntes de la cendre

Harmonisent au noir le rythme

Du désir emporté

Novembre

Roseaux légers d'os baptisés

Au regard des trompes mornes

Elle fume des silences hagards

Pendant que l'amer pense

Et que Novembre fulmine

Doucement

L'Alhambra

Rosane, dans les jardins, dans la chambre, dans les toilettes,

Elle coud, elle entre, elle sort, les draps,

Son pantalon, son sexe, son cul,

La nuit, les jardins, l'eau, ses cuisses,

La porte de la chambre, son cul,

Ses mains, sa voix, ses cuisses,

Dans les jardins, dans la nuit,

Dans les draps, son slip, ses pieds,

Son sexe, sa voix dans les draps,

Dans les jardins, dans la nuit.


Elle est assise, elle écarte les jambes, la nuit,

On ne voit rien, mais je vois quand-même,

Je sens, elle écarte les jambes, dans les jardins.


Blâme

Quand il fait ses gammes, Mesdames,

Le soir qui vous entre dans l'âme

Jusqu'aux bémols de l'amalgame

Creuse en vous un désir de blâme.

Jérémiades époncetées

Pleurez, cars d'harmonie, badets, strupontins,

Câpres circonflexes aux orgelles sanglées,

Étrances en gaverne étournelée,

Jermialles décourbées par l'entrace burée,

Pleurez vos onbinnes ourlées comme

En cardes égournées par l'entrevers passif

Du sair qui pace outre à l'arègle !

Pleurez encor à l'encre à bit

Étouffée par l'oine avartée,

Férace pénacle attentève au zaro,

Que vienne enfon le globre Sar

Et l'éponce décurvelé, enfan !

Moule dimanche

Programme communiste

Et l'éléphant bleu

Tropiquement installés

Au bar de la marine

Mangent des frites et de la moutarde

Quand Azur débarque sa moustache

Clapotante comme ferraille aztèque.


Il est grand temps de lire le menu

Des goulags télévisuels.


Marie-Agnès aux fourneaux !

Chansons épileptiques

Des chansons spirituelles

Comme beauté des abeilles

Voltigent partout des groseilles

Encornées au dos des ruelles


Page en bonnet plage en sorbet

Le curé des âmes connaît

Son tatouage de poney


Tant que je vivrai en sa faute

Une nuit céphalée plus haute


D’aimer son âme sans méprise

Quand les pianos se furent tus

La veille où Grenade fut prise

Dans un sanglot de honte nue

Sorbet philosophique

Sinueuse et sage danseuse,

Or frais sans le sentiment, voile,

Partir, au-delà du bien —, toile

Hâlée d'harmonies précieuses,

Icône sensible des ciels

Enrichis, enfance essentielle…


Sorbet

Philosophiqu

E !

Veste colombienne

(Nabe il avait plus de shampoing)

— Escobar je peux t'inviter ?

— Non mais Pablo, l'amante allô !

Évangéline

Trois prénoms en un seul

Et un ange au milieu

Qui est tombé des cieux,

Racé comme un glaïeul.

Proverbe à quai peut en cacher un autre

Si dans la clef n'espère que le perroquet

C'est en pyjama qu'il faut aller au troquet.

À Calais

À Calais y'avait des navets et des galets

Mais après le coup de balai

Y'a plus que des Sénégalais pour le ballet

Qui va se danser au palais.

Il faut vider les gringalets

Et fair' venir des Népalais

À Calais pour y replanter des blancs galets.

Derniers palimpsestes

S'il ne doit rester que des palimpsestes

Je vendrai tous mes anciens palindromes

Et j'irai fair la sieste dans la Drôme,

Dans ma veste pâle de Bucarest.

Au Pentagone

Kagi montait les marches du Pentagone

Sans voir la menace qui les descendait.

On aurait dit que ces deux-là

Étaient aveugles et rachitiques

Et qu'ils avaient mangé trop de dragées

Sans penser aux horribles conséquences.

Opus 67 n° 2

Sur une chaise très orange

Elle pose ses fesses roses

Puis nous écoutons la Romance

Eluard

ELUARD…

Ne faut-il pas être un peu fou pour s'appeler

ELUARD ?

Ce n'est pas draule de s'appeler

ELUARD !

Sanglier

Le sanglier, cet animal sanglé de sang allié

dont l'ange ailé en son fond se tait dans la futaie.

Histoire d'amour

— Si je m'appelais Tristan,

T'appellerais-tu Isolde ?

— Tu peux toujours rêver,

Paulo !

Réforme solidaire

Allongé sur la page

Il veut tourner la plage

(Mais il n'a qu'un iPad !)

Alors elle lèche son doigt

Et l'enfonce droit dans sa noix.

(Oh, Dieu, quelle belle escapade !)

Dromadaire solitaire

Le solitaire solidaire

C'est un dromadaire pâle

Dont la bosse des mots

S'est réfugiée dans les palindromes.

Désir de Gide

Pantelants de désir, comme dirait Gide.


Gide, qu'est-ce qu'il y connaît,

Aux pantelants ?

Si d'aventure…

Si d'aventure

Tout commence toujours par ces trois mots

Que rien ne vient continuer,

Comme si la plaie du Ciel

Avait saigné en vain

Sur l'oubli de l'espace.

La mort imparfaite de Gradien

Si Gradien était mort, comme on l'affirme partout,

Étincelle ne serait pas si torturée d'avoir cru

Un instant que sa résurrection pourrait

Mettre en péril la fine perpendiculaire

Sur laquelle elle se balançait depuis une heure !

Iris

Au seuil de l'œil,

L'iris, déjà en deuil,

À peine né comme ex-libris,

Et déjà mort comme un caprice,

Un 19 juillet, seul

En son linceul.

Toujours plus !

Kagi a décidé de passer

À la vitesse supérieure.

Il va écrire plus de polèmes.

Il va même en écrire une fois plus !

L'Ombre sans femme

— Quelle est cette chose, là, sur le trottoir,

On dirait une ombre de femme…

— C'est bien une ombre de femme,

Mais sans la femme,

Qui s'est absentée un moment.

— Long, le moment ?

— Aussi long que l'ombre portera…

Les Tiche

Monsieur Tiche monte à la vigie,

Ses ratiches en effigie.

Tout ça c'est bon pour les Kagi,

Qu'elle aurait dit, la grande Gigi

Qui nous ferait des élégies

Sans que soit du tout assagie

Sa manie de la pédagogie

Comme d'autres ont pour la magie

Des tendresses d'aérophagie.

Quant à madame Tiche,

Ce n'est qu'une potiche

Dont le british caniche

Se tient, comme un fétiche,

Par-dessus l'hémistiche,

En deçà du pastiche.

Du sexe dans l'art

Matisse m'a dit :

« Mais c'est nul, ton truc, là ! »

Ah bon, que je lui fais…

Et t'as vu le tien, là ?

« C'est un trompe-l'œil ! »

Qu'il me fait.

La Science et les rêves

— Alors comme ça vous cherchez des femmes sans défense ?

— Celles qui possèdent des défenses nous intéressent aussi.

— Vous savez que chasser l'ivoire est interdit, n'est-ce pas ?

— Mais moi aussi j'ai joué de la licorne, quand j'étais petit !

Sur son Kant à soi, ou le gang en expansion infinie

Je me demande si Kant n'avait pas raison…

Faudrait pas me pousser beaucoup, moi non plus…

Tu vas voir qu'un jour il va nous rouler les mécaniques !

À mon avis, c'est déjà un peu le cas, avec tous ces big cantiques…

La Caille en l'air, à bretelles

Quand Jésus la Caille

Descendit du miel

En bonne compagnie,

Francis s'en mit plein l'émoi

Sur son teint de mie,

Car quoi qu'on croie

De Carco, il vaut mieux

Qu'un flèche dans un ciel

Jaune paille.

Fifi la Pagode

Chaque fois que je lis ce mot : "impéritie",

Je pense à la Féerie impaire,

Impératrice des péripatéticiennes

Pour une autre fois.

La Plaque (Hommage discret à Christophe Girard)

— T'as la plaque ?

— Non, et toi ?

— Non, moi chuis pas très nuitblanche.

— Collabo, enflure, zona !

— Calme-toi, on est seuls.

— OK. Tu reveux du tilleul ?

Décousu

Mordillat mordicus…

Si ça continue

On verra le mollah.

Le Pape Ferrat (cha-cha-cha)

Ferhat Abbas ferait un tabac

Si Jean Ferrat plein aux as 

Cassait sa pipe en mangeant des tapas

À la terrasse du Cap Ferrat

Mais Ferrat n'est pas cap

De faire du tapage à l'as

En Algérie, et préfère le pastaga

Au ramadan, c'est un pape,

Ferrat, la moustache en bas

Et la chemisette Agence Tass.

Arletty

Sous l'aile létale

 De la lettre alerte,

   L'être écarlate étale

   L'altière arbalète

 D'Arletty alitée,

L'été, en Arles.

Profil

« Un flou filou, filant de foule en foule, fou falot… »

De profil, dis-tu ?

Oui, de profil haut

Qui m'a tant ému,

Joli caraco.

« Je me sens libre avec vous. »

Et cela m'a rendu flou

(Caracolant là, ouf !, sous ces collants-ci,

L'étoile filée de profil, Matisse tissé noir

Devant la porte rouge)

Nuit en fuite et corps à carreau

Durant la fugue sans voix

Qui s'écrit sans prudence.

Louise et Bernard, tango en triple A

James bande au néon

Et Carlos garde d'elle un ton

Gros comme un citron

Diatonique.

Ça pique !

Dit Véronique

En appuyant sur les touches.

Remontant de la cave, Anna,

Sa pipe à la bouche,

Fait de côté un fa,

Pour éviter Louise qui tangue

En lui tirant sa langue

En alu minimum,

Et lui montre sa pomme.

Mineur accident à la clef

J'hallucine à l'entrée

Tandis que Léon

Se remonte le pantalon

À la barbe à papa

De Maître Cavanna,

Le Triple A

De la musique, là-bas.

De coulisse en piston

Walter, mon vieux Walter,

Laisse le piston pour la coulisse,

Prends vite tes haltères

Et viens nous rejoindre en Suisse,

Là où le fromage ne pue pas,

Là où les rois mages sont sympas.

Nous aurons des torticolis,

Nous resterons dans les grands lits,

Bien pénards au paradis,

Et nos femmes en bigoudis

Nous feront des spaghettis,

Des spaghettis aux brocolis.

Pathologue

— Faconde, je vais écrire un pathologue.

— Vous voulez dire un apologue ?

— Non, je dis bien, un pathologue.

D'ailleurs, je n'écris jamais que ça,

Tu le saurais si tu étais psychologue.

L'Intuition

Do, mi, sol, je leur dis,

C'est un accord parfait.

Oui, mais ils me disent, non,

Nous avons une intuition,

Ce serait plus parfait

Si on ajoutait un si.


Comme je leur dis non,

Ils me répondent qu'ils vont

Chercher un professeur

Qui va prouver mon erreur.


Je les regarde se mettre en chemin

Et je vais cueillir du thym.

Conjugaison

Et encore…

Tandis qu'après, on utiliserait

L'indicatif,

Surtout quand, au jardin,

Tous les parapluie auraient été

Conjugués en même temps

Que le hérisson endormi.

Penser aux poireaux

À califourchon sur le foutre de l'aube

Faconde s'apprête à trahir ses larmes

Comme celui qui torture l'amoureuse

Sans rêver aux épluchures de catacombes



Je fais le serment de penser aux poireaux !

Créchi-créchaphobe

Après que l'âne a chaviré,

C'est le bœuf déséquilibré

Qui a tourné son cul vers la

Mec.

Accord

Johnson Johnson demande le la.

Faconde Norwest, qui a pincé son

Téton gauche, fait la grimace.

« Oui, c'est un peu bas ! »

Un, deux, trois…

Un, deux, trois,

Un, deux, trois,

Un, deux, trois…


Bon, ça va, on a compris !


Tu n'as rien compris du tout,

Écoute !


Un, deux, trois,

Un, deux, trois,

Un, deux, trois…


Ah oui, là, je comprends mieux !


Ça m'étonnerait…

Tu es encore loin du compte !

(Et tiens-toi droite.)


(…)

Santé publique

Hier-soir je m'en souviens très bien c'était hier-soir,

Nous étions là, elle et moi, et lui, et eux,

Ensemble, chacun étant assis, bien confortablement,

Et tous nous devisions, dans cette pièce bien chauffée,

Alors que la pluie tombait au-dehors,

Et que le chien dormait près de la cheminée.


Je ne permettrai à quiconque de dire

Que les choses se sont passées autrement.


J'étais là, elle était là, ils étaient là,

Il devait faire près de vingt-deux degrés dans la pièce,

Et nous nous étions servis à boire,

Et la conversation roulait confortablement,

Sans heurts, sans à-coups, sans longues digressions,

Sans tunnels exagérés, et sans que la voix de

L'un d'entre nous s'élève plus que nécessaire.


Tout ce que je dis là est parfaitement exact,

Conforme à la vérité, à mes souvenirs,

Et serait facilement vérifiable en ce moment-même

Si je n'étais pas le seul survivant.


Hier-soir n'est pas si loin que je ne puisse

M'en souvenir avec précision.


Je dirai tout de même ceci, qui sera je l'espère entendu :

La santé publique n'était pas notre préoccupation première.

Pliure

C'est la vêture d'une biffure.

Dans la nervure des sonorités

Il n'a pas son pareil :

Pliure est un de mes mots préférés.

Polyphonie X (sonore)

A. Ananas que ne viens t'appelle jamais canon souvent on me l'art imperméable de la fugue elle je suis dit trop à l'écrevisse en lourd mais quand rébus à la culotte il suffit le pot-au-feu d'inverser finissons l'attraction méphitique entourloupe.

B. Culotte il suffit ananas finissons que ne jamais viens canon t'appelle souvent imperméable de la fugue on me l'écrevisse elle en lourd quand rébus l'art  entourloupe pot-au-feu méphitique à la d'inverser le je suis dit trop à mais l'attraction.

C. Entourloupe il jamais trop imperméable suffit d'inverser rébus l'art ananas t'appelle souvent que ne viens canon finissons on me mais l'attraction elle en lourd de la fugue méphitique l'écrevisse quand culotte pot-au-feu à la le je suis dit à.

D. Jamais ananas t'appelle que ne viens canon on me de la mais quand trop souvent entourloupe fugue elle je suis dit à l'écrevisse en lourd rébus pot-au-l'art imperméable l'attraction à la culotte il suffit d'inverser finissons méphitique le feu.

X. Jamais t'appelle ne canon me la quand souvent fugue je dit l'écrevisse lourd pot-au-l'art l'attraction la il d'inverser méphitique feu il trop suffit rébus ananas souvent ne canon on mais elle lourd la méphitique quand pot-au-feu la je dit.

1. Jamais t'appelle jamais ne canon me canon la quand souvent quand fugue je dit l'écrevisse dit lourd pot-au-l'art l'attraction l'art la il d'inverser il méphitique feu il feu trop suffit trop rébus ananas rébus souvent ne ananas canon on mais canon elle lourd la elle méphitique lourd quand pot-au-feu la quand je dit.

2. Jamais jamais t'appelle jamais ne canon canon me canon la quand quand souvent quand fugue je fugue dit l'écrevisse dit l'écrevisse lourd pot-au-l'art lourd l'attraction l'art la l'art il d'inverser il d'inverser méphitique feu il feu trop suffit trop rébus suffit ananas rébus souvent ne souvent ananas canon on canon mais canon elle lourd la elle lourd méphitique lourd quand pot-au-feu la quand pot-au-feu je dit.

3. Culotte il suffit ananas finissons entourloupe il jamais trop imperméable que ne jamais viens canon suffit d'inverser rébus l'art ananas t'appelle souvent imperméable de la t'appelle souvent que ne viens fugue on me l'écrevisse elle canon finissons on me mais elle en lourd quand rébus l'attraction elle en lourd de l'art entourloupe pot-au-feu méphitique à fugue méphitique l'écrevisse quand culotte dit trop à mais l'attraction.

Quelques Messages personnels

Les ventouses parlantes ont commencé  leur travail. (2)

Si Bernadette ne vient pas à Noël, l'été sera rude quand-même.

La chèvre préfère le pain complet, et le bélier le nougat.

Après les lacs, les sapins font des rondes de nuit. (2)

Les deux alpinistes ont perdu le Monopoly de tante Yvonne. (2)

Quand la lubricité se retire, le jardin retrouve ses couleurs.

Si la Comtesse nous refait une fondue, le gouvernement tombera. (2)

Le grand cyprès a toussé deux fois. Marianne s'est éveillée.

Abroger l'alphabet ne fera pas revenir Adolphe. (3)

Par où est entré le curé sortira le solstice, à moins que rien.

Les dessous de Ginette sont autant de plaques de verglas courroucées.

Il est temps de penser aux baleines, le temps se gâte.

À Pâques, les clitoris feront une brève apparition. (2)

Rêve et Vide

Rêve et vide : en deux amphores analogues se tient le prêtre

Qui par son envol ironique prend le monde en crue

D'espace et de moire comme destin annulé.

Quelle beauté ivre serait assez paresseuse

Pour ignorer le bouquet où l'absence apparaît

Telle une épiphanie du sens ?

Sous le papier subtil une encre tonale

Bruisse comme le catafalque au zénith

De la nuit transposée en son ample retour.


« Tu n'as pas honte, Johnson Johnson ?

— Si, Faconde, j'ai très honte ! »

Climat

— Enlevez-lui ses menottes.

— Je ne l'ai pas tuée, alors ?

— Tuer ou non, ça n'est pas la question.

— Excusez-moi…

— La question, c'est le titre du récit.

— « Contribution au réchauffement climatique » ?

Dialogue sur l'immortalité

— Je ne voudrais pas mourir sans avoir publié un livre.

— Alors tu seras immortelle, ma fille.

— Je voudrais laisser une trace, vous comprenez !

— Au final, t'as qu'à te faire construire une tombe !

— Je suis pas trop "tombe"…

— Alors dégage ! On n'a pas que ça à foutre.

— Vous êtes méchant, je vais me suicider.

(— La conne, elle croit être en vie ?)

Yalta

Ce soir-là nous étions à Yalta…

« Mais qu'est-ce que tu racontes ? »

Ce soir-là nous étions à Yalta

Et le monde était une continuelle perfection.

« Je sais ce que je dis, tout de même ! »

911

— Allo le 911 ?
— Oui, quel est votre problème ?
— Je ne peux pas sortir !
— Vous êtes enfermé ?
— Oui, on m'a enfermé, je ne peux pas sortir !
— OK. Dites-moi où vous êtes.
— Je ne sais pas, je ne connais pas l'adresse.
— Vous ne connaissez pas l'adresse… On vous a enlevé ?
— Oui, je crois qu'on peut dire ça.
— Dites-moi ce que vous voyez.
— C'est un salon, assez banal, avec une télé et un canapé. Rien de spécial…
— Mais pourquoi ne pouvez-vous pas sortir ? Vous êtes attaché ?
— Non, je ne suis pas attaché. Mais je ne sais pas traverser des parois de verre !
— Des parois de verre ? Je ne comprends pas. Où sont ces parois de verre ?
— Mais autour de l'eau, bien sûr !
— De l'eau ? Il y a de l'eau dans l'appartement ??? Monsieur, avez-vous pris de la drogue ?
— Je n'ai pris que ce qu'on m'a donné, une sorte de nourriture en poudre… Dégueulasse…
— Bon, bon, je vois,  je vais vous envoyer une ambulance.
— Mais je n'ai pas besoin d'ambulance, je suis enfermé, je vous dis !
— Oui, je sais, Monsieur, calmez-vous, je vais trouver votre adresse grâce à votre numéro.
— En plus il n'a pas changé l'eau depuis au moins deux jours !
— De quelle eau parlez-vous, Monsieur ?
— Comment ça, de quelle eau je parle ? Mais vous êtes qui, vous ?
— Je suis le sergent Michael Fulton, Monsieur.
— Sergent Fulton, vous vivez dans quelle rivière ?
— …
— Oh, merde, il y a le chat qui revient ! Faites vite !
— Monsieur, calmez-vous, je vous envoie quelqu'un, éloignez-vous de la porte.
— Mais comment voulez-vous que je m'éloigne de la porte ?
— Vous ne pouvez pas bouger, vous êtes trop faible, c'est ça ?
— Je ne suis pas trop faible, Don Dieu, je suis dans un bocal, et je ne sais pas faire bouger les bocaux !
— Dans un bocal… Et dans l'eau ?
— Évidemment que je suis dans l'eau, comment je pourrais respirer, sinon ?

Tout à coup !

Le bombé d'une petite culotte de coton blanc,

Légèrement soulevée par la touffe au-dessous,

Camouflée moite aux odeurs de sirop confit

Stupeur perpendiculaire aux gouffres du temps !

Après

— C'était comment ?

— Torride…

— Torride comment ?

— Torride torride !

— Ah ouais ?

— Ouais.

— Tu dois être content ?

— Oui, je vais me flinguer.

— Arrête de déconner…

— Je déconne pas.

— Je sais, je déconne !

Transistor

J'applique mon oreille sur le creux

de son corps

Et j'entends de la friture.

(…)

Faconde n'a jamais su régler

Son transistor.

Djihad

Bon, c'est très simple !

À la prochaine piqure de moustique,

Je pars faire le djihad

En ville.

(Vous l'aurez voulu.)