Muet comme un mot abandonné,
Il passe et repasse sur la page,
Donnant au silence l'aspect
D'un spectre musicien
Installé entre les lignes.
Charles
Charles traînait, encore,
Comme Baudelaire, mais
Sans laisser de traces
Sur le piano.
On l'avait aperçu à
La fenêtre d'en haut,
Qui rêvait tout bas.
Comme Baudelaire, mais
Sans laisser de traces
Sur le piano.
On l'avait aperçu à
La fenêtre d'en haut,
Qui rêvait tout bas.
Merveilleux
Furieux, mélancolique, inquiétant,
J'ai de Roland l'œil noir et la cuisse étroite.
À la naissance, on a cru que mes oreilles
Manquaient.
Elles se tenaient seulement près des ventricules
Et il m'a fallu cinquante ans
Pour les faire remonter
Jusqu'à mes yeux.
J'ai de Roland l'œil noir et la cuisse étroite.
À la naissance, on a cru que mes oreilles
Manquaient.
Elles se tenaient seulement près des ventricules
Et il m'a fallu cinquante ans
Pour les faire remonter
Jusqu'à mes yeux.
Au téléphone
Quand elle m'appelle de son téléphone portable
Elle prend une voix d'enfant.
Quand elle m'appelle de chez elle
Elle prend un casse-noisette.
Elle prend une voix d'enfant.
Quand elle m'appelle de chez elle
Elle prend un casse-noisette.
Les trois grasses et le diapason
Celle-là était toujours impeccablement à 440.
Celle-ci était souvent trop bas.
La troisième, pour échapper à toute évaluation,
Cambrait ses jambes comme un bémol en cloque.
« Je suis baroque et je m'en moque ! »
Soufflait-elle dans le grand foc.
Celle-ci était souvent trop bas.
La troisième, pour échapper à toute évaluation,
Cambrait ses jambes comme un bémol en cloque.
« Je suis baroque et je m'en moque ! »
Soufflait-elle dans le grand foc.
Confiture
Faconde va nous préparer sa gelée
En accompagnement de l'Agneau pascal.
Cette année, les clitoris sont en avance !
En accompagnement de l'Agneau pascal.
Cette année, les clitoris sont en avance !
Réveillon(-le)
— Au ciel, au ciel, au ciel !
— Quoi, qu'est-c'qu'i s'passe, encor' ?
— Rien, Mon Dieu, je vérifiais que vous étiez là.
(— Bon Dieu, c'qui sont cons !)
— Quoi, qu'est-c'qu'i s'passe, encor' ?
— Rien, Mon Dieu, je vérifiais que vous étiez là.
(— Bon Dieu, c'qui sont cons !)
Redevance
Le Solitaire écrit des vers,
Bach du contrepoint,
Et Faconde des lettres d'insultes.
Tout cela ne fait aucun bruit
Sur la déclaration.
Bach du contrepoint,
Et Faconde des lettres d'insultes.
Tout cela ne fait aucun bruit
Sur la déclaration.
Préalables
D'un Z il s'est débarrassé du ciel,
D'un H du bruit de ses congénères,
Et par le O il a disparu
Corps et âme.
Il peut maintenant se mettre au hautbois,
Face à l'océan.
D'un H du bruit de ses congénères,
Et par le O il a disparu
Corps et âme.
Il peut maintenant se mettre au hautbois,
Face à l'océan.
Dormir
Tout doucement,
Céleste le berce
Avec sa trompe.
Il s'endort
En écoutant Poulenc.
« Maman, tu ne vas pas mourir ? »
Céleste le berce
Avec sa trompe.
Il s'endort
En écoutant Poulenc.
« Maman, tu ne vas pas mourir ? »
Régime
Qu'est-ce que la polésie, demandait le Chef ?
La Slovénie et l'Antarctique à la vapeur,
Répondait infatigablement Kagi.
Oui, mais sans sel, ajoutait le docteur,
Assis à la grande table ronde.
Mille jours après,
Le théâtre d'os fermait.
La Slovénie et l'Antarctique à la vapeur,
Répondait infatigablement Kagi.
Oui, mais sans sel, ajoutait le docteur,
Assis à la grande table ronde.
Mille jours après,
Le théâtre d'os fermait.
Aimable
Quand je veux être aimable, tout le monde a peur.
Si je voyage dans des contrées hostiles,
Je fais des sourires et des sourires alentour.
Les gens alors se détournent et se cachent
Dans les portes des immeubles.
Moi, je passe, porteur de sourires, hilare,
Embassadeur de l'amabilité terrifiante.
Que les paysages sont beaux,
Quand on les traverse en souriant !
Si je voyage dans des contrées hostiles,
Je fais des sourires et des sourires alentour.
Les gens alors se détournent et se cachent
Dans les portes des immeubles.
Moi, je passe, porteur de sourires, hilare,
Embassadeur de l'amabilité terrifiante.
Que les paysages sont beaux,
Quand on les traverse en souriant !
Concerto vingt-et-unième
« Radu, mon gros loup,
Tes doigts sur mon cou
Font un effet fou ! »
Comme mes doigts sur son beau cul
Longtemps après sont à l'affût !
(Il n'y a rien de tel
Qu'un concerto
Pour aller avec elle
Se coucher tôt.)
Tes doigts sur mon cou
Font un effet fou ! »
Comme mes doigts sur son beau cul
Longtemps après sont à l'affût !
(Il n'y a rien de tel
Qu'un concerto
Pour aller avec elle
Se coucher tôt.)
Récit du chat
Chaque jour est un tombeau pour le sens,
Alors que la nuit…
Dans ma poche, une pelote d'aiguilles.
Quand je veux la sortir,
Je m'aperçois que beaucoup d'entre elles
Ont transpercé mon sexe.
Sur l'une de ces aiguilles
Est écrit quelque chose
Et ce récit est vital.
À la grande admiration dégoûtée
De ceux qui m'entourent
Je retire une à une les aiguilles de mon sexe
Les mots sortent peu à peu
Dans une douleur fulgurante
Mais cette douleur est aussi
Un plaisir silencieux
Je deviens chat
Et l'aube
M'envahit
Jusqu'à l'os.
Agenda
Je voudrais…
Je pourrais…
Il faudrait…
C'est déjà bien assez pour aujourd'hui.
(…)
Demain, je serai !
Je pourrais…
Il faudrait…
C'est déjà bien assez pour aujourd'hui.
(…)
Demain, je serai !
C'est vrai
Il dit : "J'écoute !"
Mais il sait que c'est faux.
Il prend un livre, l'ouvre,
Et dit : "Je lis !"
C'est encore faux.
Alors il fait attention
À sa respiration.
Mais ce n'est pas respirer, ça.
À ce moment-là, il sent
Une tape sur son épaule,
Se retourne, et entend :
« Tu es en train de mourir. »
Il n'a pas le temps de se dire :
"C'est vrai."
Mais il sait que c'est faux.
Il prend un livre, l'ouvre,
Et dit : "Je lis !"
C'est encore faux.
Alors il fait attention
À sa respiration.
Mais ce n'est pas respirer, ça.
À ce moment-là, il sent
Une tape sur son épaule,
Se retourne, et entend :
« Tu es en train de mourir. »
Il n'a pas le temps de se dire :
"C'est vrai."
L'Amendement
— Faconde, est-ce qu'une femme cesse d'être une imbécile quand on l'aime ?
— Évidemment ! C'est l'article premier de notre constitution !
— J'introduirais bien un petit amendement, Faconde…
— Retirez immédiatement ce petit doigt, Albert !
— Évidemment ! C'est l'article premier de notre constitution !
— J'introduirais bien un petit amendement, Faconde…
— Retirez immédiatement ce petit doigt, Albert !
Autres boucles
À 19h15, je traversai la Moselle.
À 19h45, je la retraversai.
À 20h15, encore.
Je sais :
Tout le monde s'en moque.
Mais quand l'homme de verre
Tombera du ciel, ne venez
Pas me le reprocher !
Boucles blondes
À peine né il faut mourir.
Je suis certain que si l'on demandait
Leur avis aux prêtres
Ils voudraient un peu de rab.
Seules les stars trouvent le temps long,
Mais elles n'ont pas très bien connu Einstein,
Et puis elles sont de toute façon
Toujours en retard.
À peine né il faut mourir,
Répétait sans cesse ma nourrice
Qui en savait quelque chose.
Il fut un temps où j'allais au cinéma
Avec mes petites amies.
À la sortie nous mangions
Une crêpe au beurre
Dans la rue Saint-André des Arts.
À peine né il faut mourir :
Personne ne l'a dit à Jérôme,
Et je ne sais même pas
S'il a bien compris la leçon.
L'arc était si tendu que la flèche
Est partie avant le désir :
Aucune parole, seulement
L'andante grazioso de la
Onzième sonate de Mozart,
Joué par mon père en
Revenant du cimetière.
Feu rouge
Absence
Pour moi, l'absence est une malédiction.
(La nuit dernière, je n'ai pas assez bien prié.)
Pour moi, l'absence est une bénédiction.
Le Majeur, par la poste
Allô, Madame, je t'envoie une asperge !
Une asperge séparée de sa botte,
Une asperge toute seule, unique,
Une asperge joyeuse et gracieuse.
Quand tu la recevras, écoute,
Oui, écoute la dixième sonate de Mozart,
Celle en ut majeur.
— Je suis à tu et à toi.
Le soir croire sans voir dans le noir (loin)
Papa a dit : « Faut pas croire…
Circulez, y a rien à voir !
Traboulet mange des poires
Et vous voyez tout en noir. »
Puis il s'en fut dans le soir
Et tous se remirent à boire.
La morale de l'histoire
Donnerait soif à la Loire.
Après le spectacle
Comme un billet d'amour
Le serpent a dansé
Sous cette étoile acide.
[Rien n'aura lieu que le mieux
Sans espérer les cieux
Allons donc au pieu.]
« Il vous nourrira d'oignons crus, et vous fera
Écumer sa soupe de cuivre épicée au soufre. »
Eh bien justement ! Le même rythme qui sou-
Lève les houles de la mer et de l'amour…
Se tromper à ce point, il faut le faire exprès.
Fugue
L'eau claire, blancheur,
La joie des poissons qui
Ne peuvent se mordre la queue.
Le mot désire le sens
Mais le sens a la migraine.
Comme les larmes d'enfance
À l'assaut du soleil :
Le sang !
Pâle farce : l'Opti'miasmes
Sur Mars, la Câpre en grâce,
Sainte furie mère du Lieu,
Kagi, nous allons dresser une tente,
Le Lion vert doit se reposer
Et tu dois t'adresser aux polètes.
(Dresser une tente, elle est bien optimiste !)
— Je ne parlerai que si
Marthe et son métatarse
Me courent sur le torse.
C'est déjà assez de devoir
Boire du lait de chamelle
Quand il faut tâter
De l'écart sans trace !
(J'ai souvent l'impression que
L 'optimiste de Sparte
Est une tarte atteinte.)
La garce, de carte en farce,
Fait des sauts de quarte
En direction de Parsifal.
Manquerait plus qu'elle
Se mette en carpe
Pour danser le tango !
Allons faire donner les cors
Pour apaiser sa fureur
Couleur moutarde…
(Rien ne nous consolera
Jamais de la belle Sonate !
Rien que d'y penser,
La vigie voit partout
Une bonne terre grasse
Et l'entrée des artistes.)
Pas vraiment dans son assiette,
Faconde se met en quatre
Et finit par m'envoyer
Ad patres — et au désert
(Cela devait finir ainsi).
Les lions verts font de
Piètres joueurs d'harmonium.
De pals farcis ils nourrissent
Leurs catholiques avant de les
Envoyer à la cavatine.
Pour une pastorale, c'est une pastorale !
Mais ces portes sont si étroites
Que nos sprinters usent de la barre de mesure
Comme des anneaux de leurs sphincters,
Et passent le relai à la bourrée
Qui n'en fait qu'une bouchée,
En morse, staccato.
Dans le chemin creux
L'orient n'est pas là
L'occident non plus.
Le nord est perdu,
Il ne reste là
Qu'un peu de Mozart
À midi et quart.
À Mistinguett, à Réjane, à Jeanne Reynette, à Arletty
Faconde s'est assise
Sur le trou du souffleur,
Jambes bien écartées.
Après quelques secondes,
On la voit qui s'élève
Vers le ciel de l'esprit.
Andante
Spianato, spianato !
Vous en avez de bonnes, vous !
Allons, allons, Maître,
Rhabillez-vous et rentrez chez vous,
Nous n'en parlerons à personne.
Les Angles
Là ci darem la mano
Mangiar male e mal dormir…
Mangiar male e mal dormir…
Pourquoi toujours des angles, Kagi ?
Parce que je ferai des cercles
Dans l'au-delà.
Incartades
Faconde conduit la voiture.
À côté d'elle, à la place du mort,
Se tient une femme en burqua,
Qui regarde fixement la route.
Personne ne parle, on n'entend pas
De mouche voler, pas la saison.
Faconde donne de grands coups de volant,
La voiture fait des embardées dangereuses,
S'approche du précipice, revient vers la falaise,
Puis repart en sens inverse.
La femme en burqua ne semble pas effrayée.
Et d'ailleurs, même si elle l'était…
Elle se contente d'accompagner des
Mouvements de son buste
Les déports brutaux du véhicule.
Faconde est en nage, elle est rouge.
Ça fume sous le capot,
Ça grince dans les essieux.
Peine perdue, Belphégor ne bronche pas.
Faconde arrête l'automobile
Près d'un lac de montagne.
Elle a beaucoup transpiré,
Elle se met entièrement nue
Et plonge dans l'eau très froide.
Tout à coup, elle suffoque,
Elle se noie, elle appelle à l'aide.
La femme en noir se met au volant,
Allume une cigarette,
Actionne le démarreur,
Met une cassette dans le lecteur,
Et fonce dans le lac, en direction
De la femme nue qui a attrapé froid.
L'art et le cochon
— Pas banale, cette fille, hein, Kagi !
— C'est vrai, elle aurait pu être tout bêtement jolie…
— Tu ne comprendras jamais rien à l'art, toi !
Dire Je !
Regarde, Kagi, le bâton !
Le beau bâton rouge, bien raide !
Avec ça nous avons tout l'horizon
En nous,
Comme le silence si rouge
Aussi
Qui sort de ta bouche.
Simplement
Quelle est la règle, aujourd'hui, Kagi ?
Elle est très simple :
Écouter la musique qui nous amènera
À la plus complète solitude.
Le niveau monte, Alleluia !
— Faconde, je t'avais pourtant prévenue !
— Quoi, qu'est-ce qu'y a encore ?
— Le niveau monte, Faconde !
— Chuis au courant,
Les cabinets sont bouchés.
(En hommage à Marc Briand)
Spasmes
Océane a six ans, Albert en a soixante.
Il a une sciatique, pas elle.
Elle le laisse sur le carreau, quasi mort.
— C'est une fable, Kagi ?
— Non, je viens de lire ça dans le journal.
Coupure épistémologique
Ma voiture, une Voisin de 1935, ne tourne pas
À gauche, jamais. Elle ne peut pas.
En dehors du fait que cela m'oblige
À revenir incessamment à mon point
De départ, il y a aussi que lorsqu'une
Belle fille me dépasse, je ne peux
Pas la dépasser à mon tour.
Je ne suis pas l'homme de
La coupure épistémologique.
Les Murs
— Ma bonne Faconde, je parle aux murs !
Mais le plus extraordinaire, voyez-vous,
C'est qu'eux ne me parlent pas.
— Vous avez dû les vexer.
Citrate de Bétaïne
Je vous en prie, je vous en prie,
N'allez pas regarder la photo de Colette
Fellous, surtout pas !
La voix de musaraigne adolescente sur une figure vieillie,
Mal, ma mère, la nourriture, la claque,
Le vomi après la bière,
Tout ça sans Citrate de Bétaïne,
Nous étions rentrés dans les dortoirs
Avec le froc pesant, l'haleine puante,
Pourquoi Colette, pourquoi ?
Mark jouait comme Jimmy
Et nous offrait des Purple Haze,
Catherine n'avait pas de hanches
Mais on se branlait quand-même
Avant la douche
Avant les maths
Et Sylvie me parlait de la Chine de Mao
Où l'on avait le droit de
S'allonger sur les pelouses.
J'en fis une rédaction ridicule
Que Catherine adora
Ainsi que ma pine.
Quelque chose
Il arrive quelque chose
Quelque chose comme
Comme si c'était vrai
Sur la scène
Où coulent nos amours
Et quelque chose
Quelque vraie chose
Qu'on en puisse couler
Par dessous et puis
Mourir noyé de larmes
Sous les phrases
Toutes inutiles.
L'homme s'ennuie
Et doit travailler jour et nuit
À ce que rien n'arrive
Rien que le bien
Sous toutes ses formes
(Les crachats d'espoir
Du tubar qui danse encore
Pour le bien, pour
Le bien des morts).
Les Prénoms (du bon usage des interférences)
Finkie téléphone à Bruckner :
« Allo, Pascal, c'est Alain ! »
« Vous faites erreur, Monsieur, ici c'est Anton.
Mais je suis bien aise de parler à Philibert. »
Finkie n'a d'autre réplique que
De se coller un timbre sur le front
Et d'aller voir ailleurs s'il y est.
Blaise rit sous cape et en branche deux autres.
En mangeant des œufs brouillés
— Toutes les femmes, toutes les femmes
Peuvent se transformer en vieilles putes
Rances, sentant le hoquet moussu.
— Oui, Johnson Johnson, c'est pour cette
Raison que les hommes ont appris à oublier.
— Je crois surtout que c'est
La vraie raison de Mozart.
La Vieillerie
C'est une femme, une femme parmi d'autres femmes :
On l'appelle "la vieillerie", comme ça.
Au carrefour, l'agent lève
Le bras, et il transpire.
(Remplaçons-les !)
Technique
— Pourquoi recouvrir de noir toutes tes couleurs ?
— Sinon, je ne les vois pas.
— Et si tu essayais le blanc ?
Quatrain populiste
Et le mauve se dépose
Sur la face des choses,
Quand les grands fauves
Se mettent à la rime chauve.
(à Ségolène Royal)
Il faut choisir !
Les monomaniaques et les hypocondres,
Les démons et les anges,
Les bourreaux et les victimes,
Les rapides et les ralentis,
Les foudroyants et les pétrifiés,
Les impunissables et les irresponsables.
L'Être et le béant (résumé)
Il observe un creux dans le ciel.
« Il observe un creux dans le ciel. »…
J'aimerais bien savoir ce que cela signifie !
Alerte orange
Le voisin s'essaie à la batterie
Mais il n'est pas très bon en rythme,
Ça crépite assez irrégulièrement.
Mais bientôt, la vitre de la chambre explose
Et mon lit est inondé.
Foutue musique !
Le Commandeur
Laure a du dentifrice sur la joue
Et un bouton sur le nez.
Duras la regarde, la regarde,
Et la regarde encore.
« Si elle avait bu, on pourrait
La faire passer pour Faconde. »
Monseigneur donne du boudin
Au chien, sous la table.
Louis et Arielle sont en pleine
Conversation sur Joey Starr.
Tout à coup, trois coups
Sont frappés à la porte…
Brague
Pétoncular Jean-Claude a le chibre enflé.
On le lui fait remarquer,
Pour son bien,
À cause des braguettes
Exaspérées,
Rugueuses, rogues, mal serties
De leurs dents cariées et byzantines,
Mais tout ce qu'il trouve
À faire
Est de crier "au feu !" et
De plonger dans la première flaque
D'eau.
Évidemment, il se fait mal.
Le Fou
Son sabre brisé en mains,
Tout jaune d'un rictus de sommeil,
Son aspect effrayant n'est dû qu'à
La terreur qu'il s'inspire lui-même.
Le Tableau
Sigtuna passe dans la rue.
Faconde le voit, son tableau sous le bras.
Elle l'appelle : « Hé, Sigtuna, où vas-tu ?
— Je vais au marché vendre mon tableau. »
Au lieu de quoi, elle le fait entrer dans sa cuisine.
Ils déballent le grand carré,
Elle met ses mains sur ses hanches :
Nom de Dieu, Sigtuna, mais quoi ?
Es-tu fou, ma parole ?
Matin au jardin
Trois odeurs :
La peinture à l'huile
L'herbe coupée
Le café chaud.
Une quatrième :
L'encre du livre que je lis.
— Viens ici que je renifle tes fesses.
J'ai entendu la Quatrième et j'ai pleuré
Ton corps souple est le tympan céleste
Saint Pierre dans le Ciel nous observe
Je passe le crin de mon archet sur ton dos
Je suis innocent et doux et tu m'aimes
Et saint Jérôme nous verse le vin
Toute la vie à perte de vue
Coule dans nos veines
Toutes les filles autour de nous sont belles
Mais je ne vois que toi
Sainte Ursule en rit elle-même !
Cirrus fibratus
Faconde s'est mise aux confitures :
Cette année, ce sera
Confitures de nuages.
La récolte est splendide,
Il n'y a qu'à se hisser.
Johnson Johnson lui suggère
Les cumulus-pileus en gelée
Mais elle a un faible
Pour les cirrus fibratus à l'ancienne.
Les Inconnu(e)s
— Non, c'est moi !
— Oui, c'est moi !
— Non, moi !
— Oui, toi, et moi.
— Non, moi seulement.
— Mais je te parle.
— Qui me parle ?
— Mais moi, c'est moi !
— C'est trop facile !
— Oui, c'est très simple. C'est moi.
— Trop facile mais pas simple, non.
— Mais quoi ?
— Mais qui ?
— Puisque je te dis que c'est moi !
— Mais toi qui ?
— Tu ne me reconnais pas ?
— Nous sommes au téléphone.
— Mais tu connais ma voix !
— Oui et non. Mais là n'est pas la question.
— Quelle est la question ?
— Qui parle ?
— Je viens de te le dire.
— Non, tu me dis, c'est moi !
— Mais parce que tu me connais !
— Oui, je connais ton visage.
— Mais tu connais aussi ma voix !
— Ce n'est pas une raison.
— Une raison de quoi ?
— Pour ne pas se nommer.
— Mais c'est inutile, puisque tu sais que c'est moi !
— Mais toi qui ?
— Tu es con ou quoi ?
— Peut-être, mais moi je me présente.
— Tu ne t'es pas présenté, je regrette.
— Évidemment, c'est toi qui appelles !
— Mais qu'est-ce que ça peut faire ?
— Ça change tout.
— Ça ne change rien au fait que tu me connaisses.
— Je ne parle pas de ça.
— Moi si !
— Ça recommence. Tu ne comprends pas.
— Je comprends parfaitement que cette conversation est idiote.
— Bien sûr ! Si tu t'étais présentée, on n'en serait pas là.
— Bon. OK. « Bonjour, c'est moi ! »
— Allo ?
— Tu ne m'entends pas ?
— Non.
— Mais si puisque tu réponds.
— Non.
— Tu le fais exprès !
— Ça c'est le bouquet !
— Ça fait longtemps que tu ne m'as pas offert des fleurs…
— À qui ?
— Mais à moi pardi !
— Je n'offre jamais de fleurs à une inconnue.
— C'est pour ça que tu ne m'en offres plus ?
— …
(tut tut tut tut tut…)
Rétrograd
— Chostakovitch ! Viens ici !
— J'arrive ! Attendez, je mets mon pantalon.
— Je voudrais te présenter Kagi,
Qui nous arrive d'Amazonie,
En compagnie de sa charmante épouse.
— Mais elle est à poil !
— Oui, c'est son costume traditionnel,
Ne fais donc pas cette tête !
Le Comité central veut que tu lui écrives une fugue.
— Pas trop compliquée, la fugue, hein, Chostakovitch !
— Je suis fatigué, je viens d'en écrire onze…
— Un prélude, alors ?
— Dimitri, ne fais pas ta mauvaise tête,
On va encore te couper Internet !
— Mon épouse n'aime pas les préliminaires,
Ni les commentaires.
— Allez, va pour le canon, Dimitri !
Flûte enchantée
Wolfie joue de la flûte
Avec le derrière de sa cousine.
En y repensant, je me demande :
Flûte à bec ou flûte traversière ?
Mozart
Vladimir joue la K. 330,
Derrière son nœud papillon.
Artur regarde par la fenêtre,
Il tire sur son cigare, il neige.
« C'est difficile, Mozart ! »
Ils rient, tous les deux,
Comme des enfants.
Forclose Forêt
Madeleine était dure de la feuille
Quand Georgette l'était du bourgeon.
Martin avait le tronc court
Et Albert les fruits lourds.
Quelle diversité ! s'exclamait Sylvain,
Avant de franchir le seuil de la maison,
Laissant ses babouches à l'entrée.
Johnson Johnson, qui observait la scène,
À l'écart, tira, d'un air las,
Sur la corde de sa McCullogh,
Point d'orgue
Faconde est nue, allongée sur le lit,
Elle écoute Si le jour paraît de Maurice Ohana.
Pendant la Chevelure de Bérénice, elle lâche un pet.
Dans la cuisine, en train de tailler un concombre,
Georges applaudit silencieusement et se coupe un doigt.
Éthique
Nous aimons les sardines à l'huile
Et les décolletés.
D'autres préfèrent le cinéma
Et les jambon-beurre.
(La vie n'est pas une sinécure)
Allons nous déshabiller, maintenant,
Et regardons le temps passer !
Et les décolletés.
D'autres préfèrent le cinéma
Et les jambon-beurre.
(La vie n'est pas une sinécure)
Allons nous déshabiller, maintenant,
Et regardons le temps passer !
La 111
Martha, Martha, Martha,
Mille fois Martha,
Et quatre fois Anna.
Franz arrive sur les chapeaux de roues
Et signe l'addition.
Pouvez-vous fermer la porte ?
Le Groupe
J'ai mis Enrique à la basse et Jessico à la batterie. Arthur est à la guitare rythmique et Berthe à la guitare solo. Adolph est aux claviers. Marcel chante. De toute la journée, il n'ont qu'un demi-concombre salé à manger, avec un peu d'eau. Ils sont filmés en permanence, même aux toilettes. Dès que l'un d'entre eux commence à trop bien jouer, il passe à un autre instrument. C'est la règle. Mes partitions sont très précises. Je ne les écris que le mardi, quand je vais aux cabinets, de 10h à 11h. La veille, je ne me nourris que de fèves et de bananes. Mes musiciens restent enfermés durant trois mois, sans téléphone, ni télévision, ni radio, ni ordinateur, de novembre à début février. Mireille Mathieu passe nous voir, une fois par mois. Elle apporte le courrier des familles. On l'adore.
Confessions de la femme vagale
Je suis une femme vagale,
Je sue des pastilles Valda.
Mon homme dit qu'il aime ça
Et que je ne suis pas banale.
Je ne suis pas dupe, mon Père,
Et s'il veut que je persévère
Il lui faudra manier l'amer.
P(i)lus ou la guerre du genre
— Conne, tu es conne !
— Et toi t'es con.
— Salope, tu es une salope !
— Et toi t'es un salaud aussi.
— Non mais c'que t'es conne !
— T'es vraiment qu'un pauv' con !
— Peut-être, mais un con c'est moins con qu'une conne !
— Ah bon, t'as vu ça où, toi ?
— Là, regarde, là.
…
— Ah oui, ben merde alors ; je savais pas.
Ben dis-donc, on vous surclasse partout, hein !
— Mais qu'elle est conne !
Phonologie tactique
Why choose white shoes ?
Demande une Faconde complètement affriquée.
Johnson Johnson lui répond
Qu'elle n'a pas le choix
Et pose un doigt sur sa touche.
Demande une Faconde complètement affriquée.
Johnson Johnson lui répond
Qu'elle n'a pas le choix
Et pose un doigt sur sa touche.
« Le blanc vous va si bien
Quand vous vous promenez
Sur les lignes blanches du court,
Vos cuisses roses à point,
Et ce nez bleu
En torticolis saignant… »
Jo, attendez-moi,
Attendez-moi, please !
Il faut que je me change
(Les Idées).
Neuf mots
« Neuf mots sont suffisants
Pour accoucher du désespoir. »
Faconde regarde fixement le mur,
Muette et transparente
Comme une carte postale.
Soprano
Le ressort de l'apolésie tient en une question :
À quoi reconnaît-on une Faconde ?
À ce qu'elle ne pose jamais de question.
Une Faconde authentique dé-
Pose les questions.
Kagi en parle souvent avec Johnson
Johnson, que cette question pas-
Sionne, et qui en parle aussi-
Tôt avec Cécilia Bartoli.
Ils font ensuite cuire des spa-
Ghettis qu'ils dé-
Coupent en deux in-
Égales parties avant de dé-
Coucher ensemble,
Un pied dans la syllabe,
L'autre dans l'infini.
Ballade
Longues lignes de legato…
Peu à peu, la main droite passe
Par-dessus la main gauche.
C'est l'heure bleue,
Où glissent en se croisant
Le jour et la nuit,
Quand le dessin cède la place
À la couleur, déposée,
En retrait du monde
Et de sa rumeur,
Quand l'amer reflue
Vers le cœur,
Quand la mère perd
De vue ses enfants
Et retourne à la source.
Tout s'arrête, un instant.
C'est là, avant
Que le mouvement reprenne,
Qu'il faut dire adieu.
Acompte sur l'apipe (l'envers)
De fumer pour le savoir…
Cette phrase contient cinq mots
Mais celle-ci en contient six :
Ceci n'est pas une pipe
Mais un vers de huit syllabes
— À moins que ce ne soit sept —
Et vous êtes en train de lire
La pipe que je suis en train
Change pas de main

J'ai plusieurs visages.
Je m'en suis aperçu hier
Alors que le téléphone sonnait.
Comme j'ai reconnu la sonnerie,
Ce n'est pas moi qui ai répondu.
Il a répondu et j'ai écouté :
Je n'ai pas compris ses réponses
Et il ne m'a pas écouté.
Pourtant, je parlais en même temps
Mais ma voix ne portait pas.
Alors je l'ai regardé :
Ce visage m'était connu
Mais ce n'était pas moi.
J'ai compris qu'elle avait raccroché
Et je l'ai vu lancer le
Téléphone contre le mur.
Pourquoi ne m'as-tu pas
Laissé lui parler ?
Lui ai-je demandé,
Pourquoi as-tu parlé en mon nom ?
Parce que tu ne sais pas te défendre,
Parce que tu es lâche,
M'a-t-il répondu.
Me défendre de quoi ?
Ai-je demandé.
Mais te défendre de toi,
Pauvre idiot !
M'a-t-il lancé, furieux.
Mais je suis moi, enfin !
Pourquoi aurais-je peur de moi ?
…
J'ai vu que ses yeux devenaient fous
Et je n'ai pas osé insister.
Il a juste ajouté :
Si j'étais toi, je sais ce que je ferais…
J'ai bien vu qu'il ne plaisantait pas
Mais je ne savais pas de quoi il parlait.
Seulement, lui poser la question
Aurait pu signifier qu'en effet
Il n'était pas moi.
Alors j'ai fait comme si je savais
Et j'ai fait exactement ce qu'il avait en tête.
Ensuite, j'ai allumé la télé,
On passait : Change pas de main !
Stop Affaire
Boucles
1. Les mensonges des syndicats
2. Un quatre mâts qui rentre au port
3. Vingt-trois secondes en projection permanente
4. Ses cheveux comme des spaghettis
Le film est maintenant bien avancé
Et nous cherchons un monteur
(Ou une monteuse).
Philosophie
Belle jeunesse, vraiment !
Assassin par vocation,
Écoutant ses parents,
Découpant ses voisins,
En se posant les questions importantes :
« C'est du jonc ou c'est de l'osier ? »
Suite en palindrome
Je suis l'esclave de l'esclave,
Je ne suis pas celui qui
Aime celle que j'aime,
Ni son maître,
Ni son destin,
Ni son esclave,
Ni son amour,
Je suis celle qui n'est pas moi,
Celle qui ne me parle pas,
Celle qui en moi se tait,
Pour ne pas entendre
Qu'elle est l'esclave de son esclave,
Ni elle en moi,
Ni moi en elle,
Je ne suis pas celui
Qui n'écrit pas ici,
Celui qui se tranche les veines
Avec le couteau de Lichtenberg,
Je le suis sans l'être,
Comme un chien
Qui ne mord que sa queue
Et se consume dans les ténèbres,
Privé d'odorat et assailli d'odeurs
De feu.
(à celle inouïe)
Ariodante
Elle est si légère, si vieille…
Je la prends dans mes bras
Et j'ai peur de la briser
Que mon amour la brise
Drame
Au bois touffu
Finis ton assiette
Et va rire près du feu
En barboteuse.
Quand débordent les hôpitaux
Les fous sont dehors :
La mort ne coûte rien
Mais quelle pitrerie !
Dans la glace
Il met son costume de Cafrine
Et s'observe longuement :
Plus qu'une oreille ce matin.
Comme le temps passe !
S'il est possible
C'est un sentiment ambigu
De danser si mal
Comme un duo flûte-piano
Alors que les femmes laides
Parlent à la radio
Préparatifs
Alors vous croyez qu'il faut se lever ?
Oui, Madame.
Allons faire frou-frou
Dans les feuilles mortes
Et après, nous irons
Masser le Général.
Il faut absolument qu'il se marie !
Foutu !
C'était vingt-six calembours comme
Roulement de tambour,
Une danse dans le noir
Et sa main dans la poire,
Elle me griffe, elle crache,
Je la gifle, son sein je mâche,
Et je suis moussu et tout décousu.
Foutu, foutu, foutu !
Le Serpent dressé
C'était aux Invalides,
Je déambulais dans ce qui
Ressemblait à des ruelles indiennes,
Multicolores, précieuses…
Le choix est cornélien :
L'inconnue du bus
Ou la femme de ma vie ?
À ce moment-là, la clarinette du
Quatuor pour la fin du Temps,
Et je vois ses orteils :
Quel dommage !
On ne pourra donc
Jamais y mettre du vernis ?
C'est le mois de mai
Il est onze heures onze,
Hal McKusick, avec Barry Galbraith,
Milt Hinton et Osie Johnson,
Le programme synthétique à 60°,
J'ai rêvé d'une inconnue,
Je réchauffe le café au micro-ondes,
Les piles de papiers sur la table…
Note
Corbeau ; renard ; éléphant.
Si l'on peine à montrer les acteurs
Alors la voie est ouverte
Et le ciel dégagé.
Quelle fatigue de devoir encore noter
La vérité !
Chut' la vie
Dites leur que l'Apocalypse est pour la semaine prochaine :
Vous les verrez emballer leur télé et manger leur chien,
Torturer la petite vieille du coin et rouler à deux cents.
Mais il faut rester optimiste et festif, la 3D arrive.
Petits machins
Ce soir c'est décidé, je m'embrasse.
J'ai mis "Petits machins"* sur le pick-up,
Je n'ai pas trop mangé,
J'ai fait mes assouplissements,
Je me suis parfumé…
Ce soir, je m'embrasse !
(*) Dans Filles du Kilimandjaro, de Miles Davis
Marseille
Marseille, ses avenues, ses nuages,
Ses tables d'opération, ses tables de bridge,
Et tous ces rendez-vous ratés,
Au bas des escaliers de la gare St Charles.
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