Tout va mal, je ne t'embrasse pas.
J'ai entendu la Quatrième et j'ai pleuré
Ton corps souple est le tympan céleste
Saint Pierre dans le Ciel nous observe
Je passe le crin de mon archet sur ton dos
Je suis innocent et doux et tu m'aimes
Et saint Jérôme nous verse le vin
Toute la vie à perte de vue
Coule dans nos veines
Toutes les filles autour de nous sont belles
Mais je ne vois que toi
Sainte Ursule en rit elle-même !
Cirrus fibratus
Faconde s'est mise aux confitures :
Cette année, ce sera
Confitures de nuages.
La récolte est splendide,
Il n'y a qu'à se hisser.
Johnson Johnson lui suggère
Les cumulus-pileus en gelée
Mais elle a un faible
Pour les cirrus fibratus à l'ancienne.
Les Inconnu(e)s
— Non, c'est moi !
— Oui, c'est moi !
— Non, moi !
— Oui, toi, et moi.
— Non, moi seulement.
— Mais je te parle.
— Qui me parle ?
— Mais moi, c'est moi !
— C'est trop facile !
— Oui, c'est très simple. C'est moi.
— Trop facile mais pas simple, non.
— Mais quoi ?
— Mais qui ?
— Puisque je te dis que c'est moi !
— Mais toi qui ?
— Tu ne me reconnais pas ?
— Nous sommes au téléphone.
— Mais tu connais ma voix !
— Oui et non. Mais là n'est pas la question.
— Quelle est la question ?
— Qui parle ?
— Je viens de te le dire.
— Non, tu me dis, c'est moi !
— Mais parce que tu me connais !
— Oui, je connais ton visage.
— Mais tu connais aussi ma voix !
— Ce n'est pas une raison.
— Une raison de quoi ?
— Pour ne pas se nommer.
— Mais c'est inutile, puisque tu sais que c'est moi !
— Mais toi qui ?
— Tu es con ou quoi ?
— Peut-être, mais moi je me présente.
— Tu ne t'es pas présenté, je regrette.
— Évidemment, c'est toi qui appelles !
— Mais qu'est-ce que ça peut faire ?
— Ça change tout.
— Ça ne change rien au fait que tu me connaisses.
— Je ne parle pas de ça.
— Moi si !
— Ça recommence. Tu ne comprends pas.
— Je comprends parfaitement que cette conversation est idiote.
— Bien sûr ! Si tu t'étais présentée, on n'en serait pas là.
— Bon. OK. « Bonjour, c'est moi ! »
— Allo ?
— Tu ne m'entends pas ?
— Non.
— Mais si puisque tu réponds.
— Non.
— Tu le fais exprès !
— Ça c'est le bouquet !
— Ça fait longtemps que tu ne m'as pas offert des fleurs…
— À qui ?
— Mais à moi pardi !
— Je n'offre jamais de fleurs à une inconnue.
— C'est pour ça que tu ne m'en offres plus ?
— …
(tut tut tut tut tut…)
Rétrograd
— Chostakovitch ! Viens ici !
— J'arrive ! Attendez, je mets mon pantalon.
— Je voudrais te présenter Kagi,
Qui nous arrive d'Amazonie,
En compagnie de sa charmante épouse.
— Mais elle est à poil !
— Oui, c'est son costume traditionnel,
Ne fais donc pas cette tête !
Le Comité central veut que tu lui écrives une fugue.
— Pas trop compliquée, la fugue, hein, Chostakovitch !
— Je suis fatigué, je viens d'en écrire onze…
— Un prélude, alors ?
— Dimitri, ne fais pas ta mauvaise tête,
On va encore te couper Internet !
— Mon épouse n'aime pas les préliminaires,
Ni les commentaires.
— Allez, va pour le canon, Dimitri !
Flûte enchantée
Wolfie joue de la flûte
Avec le derrière de sa cousine.
En y repensant, je me demande :
Flûte à bec ou flûte traversière ?
Mozart
Vladimir joue la K. 330,
Derrière son nœud papillon.
Artur regarde par la fenêtre,
Il tire sur son cigare, il neige.
« C'est difficile, Mozart ! »
Ils rient, tous les deux,
Comme des enfants.
Forclose Forêt
Madeleine était dure de la feuille
Quand Georgette l'était du bourgeon.
Martin avait le tronc court
Et Albert les fruits lourds.
Quelle diversité ! s'exclamait Sylvain,
Avant de franchir le seuil de la maison,
Laissant ses babouches à l'entrée.
Johnson Johnson, qui observait la scène,
À l'écart, tira, d'un air las,
Sur la corde de sa McCullogh,
Point d'orgue
Faconde est nue, allongée sur le lit,
Elle écoute Si le jour paraît de Maurice Ohana.
Pendant la Chevelure de Bérénice, elle lâche un pet.
Dans la cuisine, en train de tailler un concombre,
Georges applaudit silencieusement et se coupe un doigt.
Éthique
Nous aimons les sardines à l'huile
Et les décolletés.
D'autres préfèrent le cinéma
Et les jambon-beurre.
(La vie n'est pas une sinécure)
Allons nous déshabiller, maintenant,
Et regardons le temps passer !
Et les décolletés.
D'autres préfèrent le cinéma
Et les jambon-beurre.
(La vie n'est pas une sinécure)
Allons nous déshabiller, maintenant,
Et regardons le temps passer !
La 111
Martha, Martha, Martha,
Mille fois Martha,
Et quatre fois Anna.
Franz arrive sur les chapeaux de roues
Et signe l'addition.
Pouvez-vous fermer la porte ?
Le Groupe
J'ai mis Enrique à la basse et Jessico à la batterie. Arthur est à la guitare rythmique et Berthe à la guitare solo. Adolph est aux claviers. Marcel chante. De toute la journée, il n'ont qu'un demi-concombre salé à manger, avec un peu d'eau. Ils sont filmés en permanence, même aux toilettes. Dès que l'un d'entre eux commence à trop bien jouer, il passe à un autre instrument. C'est la règle. Mes partitions sont très précises. Je ne les écris que le mardi, quand je vais aux cabinets, de 10h à 11h. La veille, je ne me nourris que de fèves et de bananes. Mes musiciens restent enfermés durant trois mois, sans téléphone, ni télévision, ni radio, ni ordinateur, de novembre à début février. Mireille Mathieu passe nous voir, une fois par mois. Elle apporte le courrier des familles. On l'adore.
Confessions de la femme vagale
Je suis une femme vagale,
Je sue des pastilles Valda.
Mon homme dit qu'il aime ça
Et que je ne suis pas banale.
Je ne suis pas dupe, mon Père,
Et s'il veut que je persévère
Il lui faudra manier l'amer.
P(i)lus ou la guerre du genre
— Conne, tu es conne !
— Et toi t'es con.
— Salope, tu es une salope !
— Et toi t'es un salaud aussi.
— Non mais c'que t'es conne !
— T'es vraiment qu'un pauv' con !
— Peut-être, mais un con c'est moins con qu'une conne !
— Ah bon, t'as vu ça où, toi ?
— Là, regarde, là.
…
— Ah oui, ben merde alors ; je savais pas.
Ben dis-donc, on vous surclasse partout, hein !
— Mais qu'elle est conne !
Phonologie tactique
Why choose white shoes ?
Demande une Faconde complètement affriquée.
Johnson Johnson lui répond
Qu'elle n'a pas le choix
Et pose un doigt sur sa touche.
Demande une Faconde complètement affriquée.
Johnson Johnson lui répond
Qu'elle n'a pas le choix
Et pose un doigt sur sa touche.
« Le blanc vous va si bien
Quand vous vous promenez
Sur les lignes blanches du court,
Vos cuisses roses à point,
Et ce nez bleu
En torticolis saignant… »
Jo, attendez-moi,
Attendez-moi, please !
Il faut que je me change
(Les Idées).
Neuf mots
« Neuf mots sont suffisants
Pour accoucher du désespoir. »
Faconde regarde fixement le mur,
Muette et transparente
Comme une carte postale.
Soprano
Le ressort de l'apolésie tient en une question :
À quoi reconnaît-on une Faconde ?
À ce qu'elle ne pose jamais de question.
Une Faconde authentique dé-
Pose les questions.
Kagi en parle souvent avec Johnson
Johnson, que cette question pas-
Sionne, et qui en parle aussi-
Tôt avec Cécilia Bartoli.
Ils font ensuite cuire des spa-
Ghettis qu'ils dé-
Coupent en deux in-
Égales parties avant de dé-
Coucher ensemble,
Un pied dans la syllabe,
L'autre dans l'infini.
Ballade
Longues lignes de legato…
Peu à peu, la main droite passe
Par-dessus la main gauche.
C'est l'heure bleue,
Où glissent en se croisant
Le jour et la nuit,
Quand le dessin cède la place
À la couleur, déposée,
En retrait du monde
Et de sa rumeur,
Quand l'amer reflue
Vers le cœur,
Quand la mère perd
De vue ses enfants
Et retourne à la source.
Tout s'arrête, un instant.
C'est là, avant
Que le mouvement reprenne,
Qu'il faut dire adieu.
Acompte sur l'apipe (l'envers)
De fumer pour le savoir…
Cette phrase contient cinq mots
Mais celle-ci en contient six :
Ceci n'est pas une pipe
Mais un vers de huit syllabes
— À moins que ce ne soit sept —
Et vous êtes en train de lire
La pipe que je suis en train
Change pas de main

J'ai plusieurs visages.
Je m'en suis aperçu hier
Alors que le téléphone sonnait.
Comme j'ai reconnu la sonnerie,
Ce n'est pas moi qui ai répondu.
Il a répondu et j'ai écouté :
Je n'ai pas compris ses réponses
Et il ne m'a pas écouté.
Pourtant, je parlais en même temps
Mais ma voix ne portait pas.
Alors je l'ai regardé :
Ce visage m'était connu
Mais ce n'était pas moi.
J'ai compris qu'elle avait raccroché
Et je l'ai vu lancer le
Téléphone contre le mur.
Pourquoi ne m'as-tu pas
Laissé lui parler ?
Lui ai-je demandé,
Pourquoi as-tu parlé en mon nom ?
Parce que tu ne sais pas te défendre,
Parce que tu es lâche,
M'a-t-il répondu.
Me défendre de quoi ?
Ai-je demandé.
Mais te défendre de toi,
Pauvre idiot !
M'a-t-il lancé, furieux.
Mais je suis moi, enfin !
Pourquoi aurais-je peur de moi ?
…
J'ai vu que ses yeux devenaient fous
Et je n'ai pas osé insister.
Il a juste ajouté :
Si j'étais toi, je sais ce que je ferais…
J'ai bien vu qu'il ne plaisantait pas
Mais je ne savais pas de quoi il parlait.
Seulement, lui poser la question
Aurait pu signifier qu'en effet
Il n'était pas moi.
Alors j'ai fait comme si je savais
Et j'ai fait exactement ce qu'il avait en tête.
Ensuite, j'ai allumé la télé,
On passait : Change pas de main !
Stop Affaire
Boucles
1. Les mensonges des syndicats
2. Un quatre mâts qui rentre au port
3. Vingt-trois secondes en projection permanente
4. Ses cheveux comme des spaghettis
Le film est maintenant bien avancé
Et nous cherchons un monteur
(Ou une monteuse).
Philosophie
Belle jeunesse, vraiment !
Assassin par vocation,
Écoutant ses parents,
Découpant ses voisins,
En se posant les questions importantes :
« C'est du jonc ou c'est de l'osier ? »
Suite en palindrome
Je suis l'esclave de l'esclave,
Je ne suis pas celui qui
Aime celle que j'aime,
Ni son maître,
Ni son destin,
Ni son esclave,
Ni son amour,
Je suis celle qui n'est pas moi,
Celle qui ne me parle pas,
Celle qui en moi se tait,
Pour ne pas entendre
Qu'elle est l'esclave de son esclave,
Ni elle en moi,
Ni moi en elle,
Je ne suis pas celui
Qui n'écrit pas ici,
Celui qui se tranche les veines
Avec le couteau de Lichtenberg,
Je le suis sans l'être,
Comme un chien
Qui ne mord que sa queue
Et se consume dans les ténèbres,
Privé d'odorat et assailli d'odeurs
De feu.
(à celle inouïe)
Ariodante
Elle est si légère, si vieille…
Je la prends dans mes bras
Et j'ai peur de la briser
Que mon amour la brise
Drame
Au bois touffu
Finis ton assiette
Et va rire près du feu
En barboteuse.
Quand débordent les hôpitaux
Les fous sont dehors :
La mort ne coûte rien
Mais quelle pitrerie !
Dans la glace
Il met son costume de Cafrine
Et s'observe longuement :
Plus qu'une oreille ce matin.
Comme le temps passe !
S'il est possible
C'est un sentiment ambigu
De danser si mal
Comme un duo flûte-piano
Alors que les femmes laides
Parlent à la radio
Préparatifs
Alors vous croyez qu'il faut se lever ?
Oui, Madame.
Allons faire frou-frou
Dans les feuilles mortes
Et après, nous irons
Masser le Général.
Il faut absolument qu'il se marie !
Foutu !
C'était vingt-six calembours comme
Roulement de tambour,
Une danse dans le noir
Et sa main dans la poire,
Elle me griffe, elle crache,
Je la gifle, son sein je mâche,
Et je suis moussu et tout décousu.
Foutu, foutu, foutu !
Le Serpent dressé
C'était aux Invalides,
Je déambulais dans ce qui
Ressemblait à des ruelles indiennes,
Multicolores, précieuses…
Le choix est cornélien :
L'inconnue du bus
Ou la femme de ma vie ?
À ce moment-là, la clarinette du
Quatuor pour la fin du Temps,
Et je vois ses orteils :
Quel dommage !
On ne pourra donc
Jamais y mettre du vernis ?
C'est le mois de mai
Il est onze heures onze,
Hal McKusick, avec Barry Galbraith,
Milt Hinton et Osie Johnson,
Le programme synthétique à 60°,
J'ai rêvé d'une inconnue,
Je réchauffe le café au micro-ondes,
Les piles de papiers sur la table…
Note
Corbeau ; renard ; éléphant.
Si l'on peine à montrer les acteurs
Alors la voie est ouverte
Et le ciel dégagé.
Quelle fatigue de devoir encore noter
La vérité !
Chut' la vie
Dites leur que l'Apocalypse est pour la semaine prochaine :
Vous les verrez emballer leur télé et manger leur chien,
Torturer la petite vieille du coin et rouler à deux cents.
Mais il faut rester optimiste et festif, la 3D arrive.
Petits machins
Ce soir c'est décidé, je m'embrasse.
J'ai mis "Petits machins"* sur le pick-up,
Je n'ai pas trop mangé,
J'ai fait mes assouplissements,
Je me suis parfumé…
Ce soir, je m'embrasse !
(*) Dans Filles du Kilimandjaro, de Miles Davis
Marseille
Marseille, ses avenues, ses nuages,
Ses tables d'opération, ses tables de bridge,
Et tous ces rendez-vous ratés,
Au bas des escaliers de la gare St Charles.
Pube
Ah, Papa, Papa !
Comment fait-il donc pour m'énerver tant que ça ?
Tout ça c'est une histoire de barbe, je t'assure.
Gros slip et contrebasse
Loteure est américaine, spécialiste de Chandler.
Le journaliste parle du « Big Slip »…
(Quand je serai mort, j'apprendrai la contrebasse.)
La traductrice se gratte un furoncle, à la cuisse.
Phéochromocytome
Claire Chazal a mon âge, exactement.
Je me demande si elle est atteinte
D'un phéochromocytome.
Lento molto, on y va…
L'Histoire
El Pataquès serait prêt à attaquer les Kagi !
L'amiral Cuir est déjà au travail,
Le nez sur ses cartes perforées.
Et tout ça pour une culotte de dentelle ?
Dîner
Caulaincourt et Talleyrand se sont échappés,
Toute la place est en émoi, encore.
Ils rentreront ce soir, cependant,
À l'heure des croquettes, sûrement,
On les connaît.
Je ne voudrais pas rater
Mon rendez-vous avec la Walewska :
Elle a préparé une tourte au chou,
Magistrale.
À la corde
Il veut se rendre au bord de l'abîme
Mais à chaque fois qu'il s'en approche
Un inconnu fait une rature dans le ciel.
Un sentiment de légèreté l'envahit alors :
Tout est râle, tout est rire.
Mutatis mutandis
A téléphone à Z.
Z a "un double-appel", il met A en attente
Et parle avec Y.
A, qui patiente, a un double-appel, c'est B,
Qui appelle de la part de C.
C, justement appelle Y,
Et par conséquence Z reprend A,
Qui met alors B en attente.
C'est le moment que choisit D pour
Vérifier que B a bien appelé A,
Car D est un bon ami de B,
Ce qui ne l'empêche pas d'être muet…
Pendant ce temps-là, Thomas Tallis
Compose Spem in alium
Et nous avons une coupure d'Internet.
Pas de fleurs pour Faconde
— Ne reste pas dans mes jupons, Kagi !
— Faconde, je vous rappelle que vous êtes morte…
— Tu peux me remettre les Pêcheurs de perles
Pendant que je me reboutonne ?
Et jette ces fleurs, voyons,
De quoi j'ai l'air avec ça !
Erinnerung
Est-ce l'enthousiasme qu'elle met
À sauter sur le lit au matin ?
Est-ce l'odeur de tes cuisses ouvertes ?
Et ce verre de vin, alors que
Nous écoutons Frühlingsmorgen,
Dans l'orchestration de Luciano Berio,
Est-ce encore la Joie ?
Ces chapeaux qui te vont si bien ?
— La Joie me rend l'adieu si cruel…
La Coiffeuse et les demi-tons
Nicole, sous le casque,
Achève le troisième tome
De Napoléon empereur des rois.
La coiffeuse sent des aisselles
Et sifflote le thème de l'andante.
« Vous êtes viennoise ? »
Tous ces violoncelles,
Est-ce bien nécessaire ?
Lever
J'ai un réveil exotique,
Souple comme une sotie,
Rapide comme un théorème.
Ce matin il m'annonce qu'il est midi
Alors que le soleil se lève à peine.
Achille m'apporte un croissant
Et fond en larmes.
Sous le casque
Kagi casqué, dans son tank couleur sable,
Écoute la Deuxième de Mahler.
Ça lui donne des idées,
Mais le coup de la résurrection
Est peut-être éventé ?
Écoutons plutôt l'histoire tragique
Qu'il a à nous conter.
Debout
Attablés par dix, ils se taisent.
Le violoniste, seul, debout,
Les regarde en fumant une cigarette,
Son instrument dans la main gauche.
Non, décidément,
Ça n'en vaut pas la peine.
À la mémoire d'Edouard
Pour le loir dans l'armoire
Qui ne peut y croire
Dans le noir,
Il faut presser la poire
Tout au long du soir
Pour éviter le désespoir
De ne plus pouvoir
Ni savoir ni boire.
Les petits oiseaux, fable romantique
Il a ça dans le boyau,
Le bonhomme, je regrette.
Hardi petit, du sang bien dégoulinant,
Nous avons fait notre devoir.
(Hommage à Louis-Ferdinand Céline)
Strophe
Une île flottante avec son caramel,
Un œil de verre, avec ses larmes,
Un fauteuil roulant, vide.
Et la Terre qui tourne plus vite.
Prime-time
Parce que vous savez que vous allez mourir !
Je le savais avant, mais depuis (…) j'ai oublié.
« Y a-t-il de véritables alternatives au nucléaire ? »
Ne me faites donc pas rire, Johnson Johnson,
C'est mauvais pour ma digestion !
Alla breve
Chef, je ne comprends pas ta battue !
Le petit soldat au cœur de timbre
Plie le genou et s'enfonce
L'archet dans la gorge.
Oui, c'est ça
L'ennemi dans l'ombre se repose
Pourquoi rouler à droite
Elle finira par dire oui
L'été n'est plus très loin
Dring ding dring
Allonge-toi n'aies pas peur
Tu me rejoindras au Brésil
Loisirs
Ils me soupçonnaient d'être un agent double,
Tout ça parce que j'étais allé
À Annecy sans idée préconçue.
Si vous croyez que ça m'amuse
De tirer sur les gens !
En train
Son commencement de double-menton
Était la plus jolie chose qu'elle avait
Mais elle l'ignorait.
Elle mit ses gants de peau blancs
Et regarda par la fenêtre.
J'allumai une cigarette
Et commençai à lire :
Le Gland et la Citrouille.
Photostop
Le lundi, je fais du photostop.
Une image passe, je tends le pouce
Et si elle s'arrête, je monte.
Tu prends combien, Chérie ?
L'autre jour, une beauté en noir et blanc
Me fait : « En voiture, Simon ! »
Je me suis aperçu trop tard
Qu'elle était mal fixée.
Cadrage
Vous avez dit que j'étais là, Marilou ?
Grands arpèges de harpe.
Le bleu du ciel est désespérant, n'est-ce pas ?
Triangle.
Elle baisse son pantalon et sa culotte
D'un même geste.
Dernier repas
J'ai commandé les croquettes les plus chères du monde !
Avant l'apocalypse tout est permis !
On écoutera
Le troisième concerto pour violon de Mozart,
On mangera du Beluga.
Pendant ce temps-là, à la radio,
L'abbé Godot mange ses syllabes.
L'examen d'Irma Melon
— Le Concerto de Sein Sens !
— Ah non, pas encore celui-ci !
— Si si si, en si.
— Ce sera à vos risques et périls.
— Je n'ai pas mon aréole dans ma poche !
(Elle ne va tout de même pas jouer en bonnet ?)
(à la mémoire d'un ange…)
Le Pianiste mystérieux
Cette nuit Papa jouait la Sonate de Franck,
En bas.
— Mais qui était le pianiste ?
Pas moi en tout cas, puisque j'étais en haut
Avec Maman,
Assis sur un banc.
(Je lui jouais du Mendelssohn au violoncelle.)
Fugue indéfinie
Kagi et Kagi constituent
Le Sujet et le Contresujet
D'une économie fugale.
À ce régime-là, on conçoit
Qu'ils n'engrossent pas, ni ne procréent,
Bien qu'ils soient de signes inverses.
Le Rétrograde est leur maison commune,
La Réaction leur combustible.
Dans la boucle étrange qui les désunit
On peut suivre la ronde explosive,
Coiffée de son point d'orgue,
Qui n'avance ni ne recule.
Ronde !
Tant qu'on a l'asanté…
Oui, Monsieur, l'asanté,
C'est toute l'histoire du monde
Et c'est pour cela qu'elle est ronde.
Lancez une paire de dés
Et ce que je dis vous verrez !
En sortant du concert
L'affection est aussi un fardeau qui oppresse,
Comme une liturgie pleine de graisses.
Excellent ! Excellent ! disait l'Imberbe,
Faisons jouer les timbales du Verbe !
Inspiration
Salope, connasse, pouffiasse,
Merdeuse, caissière, chaisière,
Imbécile, tarée, …
Même pas foutu de trouver onze insultes,
Le pauvre Kagi.
(Reprenons un verre.)
Conseil aux modernes
Premièrement : faire l'amour.
Deuxièmement : bâfrer.
Troisièmement : se saouler.
Quatrièmement : réparer les autorisations.
Lux, calme
Kagi se lève en pleine nuit.
Il n'éclaire pas, il connaît le chemin.
Et là, dans les toilettes silencieuses,
Il voit un homme qui clignote du cœur.
(Il entend le récitatif de la sonate de Franck,
Les arpèges du piano, qui montent,
Qui montent…)
« I Loves You, Porgy »
Avant de mourir, j'aurais aimé qu'elle dise oui.
On a trouvé cette simple phrase écrite au crayon
Sur la page de garde d'une partition d'occasion.
Calcul dans le soulier
Dix plus un égalent onze.
Impossible ! Je ne le permettrai jamais !
Si c'est ça, je me démets.
Continuez sans moi.
Noël
« J'aimerais aller en prison,
J'aimerais prendre le thé avec Balthus,
J'aimerais dormir une semaine,
J'aimerais mourir demain. »
— Et puis quoi, encore,
Manger un pot-au-feu ?
Kagi & Kagi
Kagi avait encore perdu sa clef !
C'est très agaçant, vraiment.
Elle était pourtant sous son nez !
(En hommage à Junichiro Tanizaki)
Obsédé !
Mon pauvre Johnson Johnson, vous n'avez que deux obsessions !
Vous pouvez faire beaucoup mieux.
L'autre se met illico à écouter De Falla,
Réglant sa montre sur le dernier fuseau horaire à la mode.
La Preuve
Simon Bouchenoire se bouche les oreilles.
Il en a tant et tant entendu,
Il a tant et tant attendu.
— Tu sais, c'est pour toi que je le fais, hein !
Mais je ne devrais pas…
N'oublie pas : c'est la dernière fois.
La dernière.
(La preuve :)
Prophylaxie
Johnson Johnson a deux obsessions :
Le sexe et le roman.
Désormais, il ira au jardin tout nu.
Madrigal
Dans la baignoire, Monteverdi,
Anne-Marie et Michel, dans la 348,
Une tranche de Christstollen et du café…
Je pisse dans mon bain.
Crépuscule de l'idole
Faconde demande à chacun de ses cavaliers :
« Qu'elle est votre interprétation de l'Éternel Retour chez Nietzsche ? »
(Mais pas de plus jolie fille qu'elle au bal…)
Prière en soufflet
Enroulé dans ses draps
Mangeant du rose
À en blémir
Il prie
Sans toutefois bénir
L'enchainement des causes
Qui lui ont ouvert en grand ses bras
Augenblick
Superposons nos mélancolies
Mais rien que le temps
D'une étincelle
Dans tes cheveux profonds
Pantin béni, plain-chant
Le clitoris,
Comme un phare,
Aux portes de l'abyme,
Sacre du tympan,
Sceptre du printemps…
Les cuivres et la percussion !
Coin
Épolamine Diclofénac, au tableau !
Racontez à vos petits camarades. Allez !
« Hier-soir, j'ai écouté les Variations opus 31… »
(…)
— Vous direz à votre grand-frère que je veux le voir.
Au donjon
Norma aime les jeux d'eau
Ramon aime les jeux faux
Un roman s'écrit au donjon
Sous les coups de fouets
D'un Franz Liszt très français
Maman !
Maman, maman, maman !
Sur l'étang, le cygne immobile…
En incrustation, une blonde filamenteuse
Perd le nord, la bouche ouverte.
Elle a perdu aussi les eaux,
Et toute sa lignée.
N'empêche, le cygne blanc
Ne s'y trompe pas,
Et d'un œil torve,
Il cherche la mamelle.
Les longitudes béates
Le Perle à rebours du sexe
Est un trois mâts à perfusion.
Son GPS débagoule !
Quand Olga vit la terre,
Elle demanda l'heure,
Croyant voir Parsifal.
Stoemp
Deborah prépare un stoemp.
Ursin la regarde du coin de l'œil,
Il attend le grand mélange.
Sa pipe est sur le point de s'éteindre…
Nihil obs
Pussynet Brandour est un débusqueur de nihilisme.
Sortez-vous un havane de votre poche revolver
Qu'immédiatement vous êtes démasqué.
« Nihiliste ! »
Ne faites pas mine de vous récrier,
Vous ne feriez que prouver votre culpabilité.
Brad Pitt et son cousin
Faconde Norwest trouve son amant très sexy.
Mais quand il lui demande quels sont
Les hommes célèbres qu'elle trouve sexy,
Elle parle de Woody Allen et de Finkielkraut.
Quotidien
Je me laverais bien, aujourd'hui,
Mais il faudra recommencer demain.
Dès lors, pourquoi ne pas attendre demain ?
Comme demain devient chaque jour aujourd'hui,
Ce problème n'en est pas un.
Ou alors de la pire espèce…
Grande Justice et Utopie
Libération de madame Kiki,
Enfermement de monsieur Caca,
Élargissement de messieurs Cucul
Et La Praline, leur dossier
Étant tellement puant qu'il vaut
Mieux les éloigner du siège.
Pour l'affaire de la bétonneuse birmane
Nous décrétons un non-lieu.
Trois points
Les femmes sont des points et vont par trois.
Je n'essaierai pas de le démontrer,
…
(Ni maintenant ni jamais.)
L'Apolésie
Dans la crypte, un grand chien chauve,
Qui fixe le mur de l'alcôve.
Houellebecq et Nicole,
Du rouge sur le col,
Qui sirotent un wisky.
Les couples dans leurs nids,
Le nez rouge et les ongles sales,
Sont tous en sandales.
Ça va bientôt commencer,
Le tout c'est de se lancer.
Péripétie
À ses aises, Claudine, à ses aises,
Comme une braise en thèse.
Et la maman de Xénophon,
Là-dessus, pirandellienne crapule,
Qui oublie de mettre son alèse…
Danse baroque
— Et les adverbes, on en fait quoi ?
— Balance, Gérard, c'est tout des conneries.
— OK, Chef, OK, mais je vais vous dire un truc.
— (…)
— Je me suis mis à la danse baroque.
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