Stop Affaire


El et Ça, dans une voiture.

Ça tangue, ça barde, ça hurle,

Ça déboite, ça clignote, ça dérape,

El appuie,

El essuie,

El essaie,

El fuit,

El effraie,

Et puis

Elle joue sur ma joue.

(… dans son nid.)

Boucles

1. Les mensonges des syndicats

2. Un quatre mâts qui rentre au port

3. Vingt-trois secondes en projection permanente

4. Ses cheveux comme des spaghettis

Le film est maintenant bien avancé

Et nous cherchons un monteur

(Ou une monteuse).

Philosophie

Belle jeunesse, vraiment !

Assassin par vocation,

Écoutant ses parents,

Découpant ses voisins,

En se posant les questions importantes :

« C'est du jonc ou c'est de l'osier ? »

Suite en palindrome

Je suis l'esclave de l'esclave,

Je ne suis pas celui qui

Aime celle que j'aime,

Ni son maître,

Ni son destin,

Ni son esclave,

Ni son amour,

Je suis celle qui n'est pas moi,

Celle qui ne me parle pas,

Celle qui en moi se tait,

Pour ne pas entendre

Qu'elle est l'esclave de son esclave,

Ni elle en moi,

Ni moi en elle,

Je ne suis pas celui

Qui n'écrit pas ici,

Celui qui se tranche les veines

Avec le couteau de Lichtenberg,

Je le suis sans l'être,

Comme un chien

Qui ne mord que sa queue

Et se consume dans les ténèbres,

Privé d'odorat et assailli d'odeurs

De feu.



(à celle inouïe)

Ariodante

Elle est si légère, si vieille…

Je la prends dans mes bras

Et j'ai peur de la briser

Que mon amour la brise

Drame

Au bois touffu

Finis ton assiette

Et va rire près du feu

En barboteuse.

Quand débordent les hôpitaux

Les fous sont dehors :

La mort ne coûte rien

Mais quelle pitrerie !

Dans la glace

Il met son costume de Cafrine

Et s'observe longuement :

Plus qu'une oreille ce matin.

Comme le temps passe !

S'il est possible

C'est un sentiment ambigu

De danser si mal

Comme un duo flûte-piano

Alors que les femmes laides

Parlent à la radio

Préparatifs

Alors vous croyez qu'il faut se lever ?

Oui, Madame.

Allons faire frou-frou

Dans les feuilles mortes

Et après, nous irons

Masser le Général.

Il faut absolument qu'il se marie !

Foutu !

C'était vingt-six calembours comme

Roulement de tambour,

Une danse dans le noir

Et sa main dans la poire,

Elle me griffe, elle crache,

Je la gifle, son sein je mâche,

Et je suis moussu et tout décousu.

Foutu, foutu, foutu !

Le Serpent dressé

C'était aux Invalides,

Je déambulais dans ce qui

Ressemblait à des ruelles indiennes,

Multicolores, précieuses…

Le choix est cornélien :

L'inconnue du bus

Ou la femme de ma vie ?

À ce moment-là, la clarinette du

Quatuor pour la fin du Temps,

Et je vois ses orteils :

Quel dommage !

On ne pourra donc

Jamais y mettre du vernis ?

C'est le mois de mai

Il est onze heures onze,

Hal McKusick, avec Barry Galbraith,

Milt Hinton et Osie Johnson,

Le programme synthétique à 60°,

J'ai rêvé d'une inconnue,

Je réchauffe le café au micro-ondes,

Les piles de papiers sur la table…

Note

Corbeau ; renard ; éléphant.

Si l'on peine à montrer les acteurs

Alors la voie est ouverte

Et le ciel dégagé.

Quelle fatigue de devoir encore noter

La vérité !

Chut' la vie

Dites leur que l'Apocalypse est pour la semaine prochaine :

Vous les verrez emballer leur télé et manger leur chien,

Torturer la petite vieille du coin et rouler à deux cents.

Mais il faut rester optimiste et festif, la 3D arrive.

Petits machins

Ce soir c'est décidé, je m'embrasse.

J'ai mis "Petits machins"* sur le pick-up,

Je n'ai pas trop mangé,

J'ai fait mes assouplissements,

Je me suis parfumé…

Ce soir, je m'embrasse !


(*) Dans Filles du Kilimandjaro, de Miles Davis

Marseille

Marseille, ses avenues, ses nuages,

Ses tables d'opération, ses tables de bridge,

Et tous ces rendez-vous ratés,

Au bas des escaliers de la gare St Charles.

Pube

Ah, Papa, Papa !

Comment fait-il donc pour m'énerver tant que ça ?


Tout ça c'est une histoire de barbe, je t'assure.


Gros slip et contrebasse

Loteure est américaine, spécialiste de Chandler.

Le journaliste parle du « Big Slip »…

(Quand je serai mort, j'apprendrai la contrebasse.)

La traductrice se gratte un furoncle, à la cuisse.

Phéochromocytome

Claire Chazal a mon âge, exactement.

Je me demande si elle est atteinte

D'un phéochromocytome.


Lento molto, on y va…

L'Histoire

El Pataquès serait prêt à attaquer les Kagi !

L'amiral Cuir est déjà au travail,

Le nez sur ses cartes perforées.


Et tout ça pour une culotte de dentelle ?

Dîner

Caulaincourt et Talleyrand se sont échappés,

Toute la place est en émoi, encore.

Ils rentreront ce soir, cependant,

À l'heure des croquettes, sûrement,

On les connaît.

Je ne voudrais pas rater

Mon rendez-vous avec la Walewska :

Elle a préparé une tourte au chou,

Magistrale.

À la corde

Il veut se rendre au bord de l'abîme

Mais à chaque fois qu'il s'en approche

Un inconnu fait une rature dans le ciel.

Un sentiment de légèreté l'envahit alors :

Tout est râle, tout est rire.

Mutatis mutandis

A téléphone à Z.

Z a "un double-appel", il met A en attente

Et parle avec Y.

A, qui patiente, a un double-appel, c'est B,

Qui appelle de la part de C.

C, justement appelle Y,

Et par conséquence Z reprend A,

Qui met alors B en attente.

C'est le moment que choisit D pour

Vérifier que B a bien appelé A,

Car D est un bon ami de B,

Ce qui ne l'empêche pas d'être muet…

Pendant ce temps-là, Thomas Tallis

Compose Spem in alium

Et nous avons une coupure d'Internet.

Pas de fleurs pour Faconde

— Ne reste pas dans mes jupons, Kagi !

— Faconde, je vous rappelle que vous êtes morte…

— Tu peux me remettre les Pêcheurs de perles

Pendant que je me reboutonne ?

Et jette ces fleurs, voyons,

De quoi j'ai l'air avec ça !

Erinnerung

Est-ce l'enthousiasme qu'elle met

À sauter sur le lit au matin ?

Est-ce l'odeur de tes cuisses ouvertes ?

Et ce verre de vin, alors que

Nous écoutons Frühlingsmorgen,

Dans l'orchestration de Luciano Berio,

Est-ce encore la Joie ?

Ces chapeaux qui te vont si bien ?

— La Joie me rend l'adieu si cruel…

La Coiffeuse et les demi-tons

Nicole, sous le casque,

Achève le troisième tome

De Napoléon empereur des rois.

La coiffeuse sent des aisselles

Et sifflote le thème de l'andante.

« Vous êtes viennoise ? »

Tous ces violoncelles,

Est-ce bien nécessaire ?

Lever

J'ai un réveil exotique,

Souple comme une sotie,

Rapide comme un théorème.

Ce matin il m'annonce qu'il est midi

Alors que le soleil se lève à peine.

Achille m'apporte un croissant

Et fond en larmes.

Sous le casque

Kagi casqué, dans son tank couleur sable,

Écoute la Deuxième de Mahler.

Ça lui donne des idées,

Mais le coup de la résurrection

Est peut-être éventé ?

Écoutons plutôt l'histoire tragique

Qu'il a à nous conter.

Debout

Attablés par dix, ils se taisent.

Le violoniste, seul, debout,

Les regarde en fumant une cigarette,

Son instrument dans la main gauche.

Non, décidément,

Ça n'en vaut pas la peine.

À la mémoire d'Edouard

Pour le loir dans l'armoire

Qui ne peut y croire

Dans le noir,

Il faut presser la poire

Tout au long du soir

Pour éviter le désespoir

De ne plus pouvoir

Ni savoir ni boire.

Les petits oiseaux, fable romantique

Il a ça dans le boyau,

Le bonhomme, je regrette.

Hardi petit, du sang bien dégoulinant,

Nous avons fait notre devoir.

(Hommage à Louis-Ferdinand Céline)

Strophe

Une île flottante avec son caramel,

Un œil de verre, avec ses larmes,

Un fauteuil roulant, vide.

Et la Terre qui tourne plus vite.

Prime-time

Parce que vous savez que vous allez mourir !

Je le savais avant, mais depuis (…) j'ai oublié.

« Y a-t-il de véritables alternatives au nucléaire ? »

Ne me faites donc pas rire, Johnson Johnson,

C'est mauvais pour ma digestion !

Alla breve

Chef, je ne comprends pas ta battue !

Le petit soldat au cœur de timbre

Plie le genou et s'enfonce

L'archet dans la gorge.

Oui, c'est ça

L'ennemi dans l'ombre se repose

Pourquoi rouler à droite

Elle finira par dire oui

L'été n'est plus très loin

Dring ding dring

Allonge-toi n'aies pas peur

Tu me rejoindras au Brésil

Loisirs

Ils me soupçonnaient d'être un agent double,

Tout ça parce que j'étais allé

À Annecy sans idée préconçue.

Si vous croyez que ça m'amuse

De tirer sur les gens !

En train

Son commencement de double-menton

Était la plus jolie chose qu'elle avait

Mais elle l'ignorait.

Elle mit ses gants de peau blancs

Et regarda par la fenêtre.

J'allumai une cigarette

Et commençai à lire :

Le Gland et la Citrouille.

Photostop

Le lundi, je fais du photostop.

Une image passe, je tends le pouce

Et si elle s'arrête, je monte.

Tu prends combien, Chérie ?

L'autre jour, une beauté en noir et blanc

Me fait : « En voiture, Simon ! »

Je me suis aperçu trop tard

Qu'elle était mal fixée.

Cadrage

Vous avez dit que j'étais là, Marilou ?

Grands arpèges de harpe.

Le bleu du ciel est désespérant, n'est-ce pas ?

Triangle.

Elle baisse son pantalon et sa culotte

D'un même geste.

Violon

Savoir jouer du violon c'est

Comme discuter avec Dieu

Sans traducteur.

Dernier repas

J'ai commandé les croquettes les plus chères du monde !

Avant l'apocalypse tout est permis !

On écoutera

Le troisième concerto pour violon de Mozart,

On mangera du Beluga.

Pendant ce temps-là, à la radio,

L'abbé Godot mange ses syllabes.

L'examen d'Irma Melon

— Le Concerto de Sein Sens !

— Ah non, pas encore celui-ci !

— Si si si, en si.

— Ce sera à vos risques et périls.

— Je n'ai pas mon aréole dans ma poche !

(Elle ne va tout de même pas jouer en bonnet ?)


(à la mémoire d'un ange…)

(…)

Tout est si joli

Je m'allonge pour dormir

Et la nuit m'appartient

(…)

Le Pianiste mystérieux

Cette nuit Papa jouait la Sonate de Franck,

En bas.

— Mais qui était le pianiste ?

Pas moi en tout cas, puisque j'étais en haut

Avec Maman,

Assis sur un banc.

(Je lui jouais du Mendelssohn au violoncelle.)

Fugue indéfinie

Kagi et Kagi constituent

Le Sujet et le Contresujet

D'une économie fugale.

À ce régime-là, on conçoit

Qu'ils n'engrossent pas, ni ne procréent,

Bien qu'ils soient de signes inverses.

Le Rétrograde est leur maison commune,

La Réaction leur combustible.

Dans la boucle étrange qui les désunit

On peut suivre la ronde explosive,

Coiffée de son point d'orgue,

Qui n'avance ni ne recule.

Ronde !

Tant qu'on a l'asanté…

Oui, Monsieur, l'asanté,

C'est toute l'histoire du monde

Et c'est pour cela qu'elle est ronde.

Lancez une paire de dés

Et ce que je dis vous verrez !

En sortant du concert

L'affection est aussi un fardeau qui oppresse,

Comme une liturgie pleine de graisses.

Excellent ! Excellent ! disait l'Imberbe,

Faisons jouer les timbales du Verbe !

Inspiration

Salope, connasse, pouffiasse,

Merdeuse, caissière, chaisière,

Imbécile, tarée, …

Même pas foutu de trouver onze insultes,

Le pauvre Kagi.


(Reprenons un verre.)

Conseil aux modernes

Premièrement : faire l'amour.

Deuxièmement : bâfrer.

Troisièmement : se saouler.

Quatrièmement : réparer les autorisations.

Lux, calme

Kagi se lève en pleine nuit.

Il n'éclaire pas, il connaît le chemin.

Et là, dans les toilettes silencieuses,

Il voit un homme qui clignote du cœur.

(Il entend le récitatif de la sonate de Franck,

Les arpèges du piano, qui montent,

Qui montent…)

« I Loves You, Porgy »

Avant de mourir, j'aurais aimé qu'elle dise oui.

On a trouvé cette simple phrase écrite au crayon

Sur la page de garde d'une partition d'occasion.


Oh !

— Ça n'a jamais pu entrer dans ma tête !

— …

— Ah ah ah !

Calcul dans le soulier

Dix plus un égalent onze.

Impossible ! Je ne le permettrai jamais !

Si c'est ça, je me démets.

Continuez sans moi.

Noël

« J'aimerais aller en prison,

J'aimerais prendre le thé avec Balthus,

J'aimerais dormir une semaine,

J'aimerais mourir demain. »

— Et puis quoi, encore,

Manger un pot-au-feu ?

Kagi & Kagi

Kagi avait encore perdu sa clef !

C'est très agaçant, vraiment.

Elle était pourtant sous son nez !

(En hommage à Junichiro Tanizaki)

Obsédé !

Mon pauvre Johnson Johnson, vous n'avez que deux obsessions !

Vous pouvez faire beaucoup mieux.

L'autre se met illico à écouter De Falla,

Réglant sa montre sur le dernier fuseau horaire à la mode.

La Preuve

Simon Bouchenoire se bouche les oreilles.

Il en a tant et tant entendu,

Il a tant et tant attendu.

— Tu sais, c'est pour toi que je le fais, hein !

Mais je ne devrais pas…

N'oublie pas : c'est la dernière fois.

La dernière.

(La preuve :)

Le Récit

À pieds sur ses syllabes,

Il les foule avec allégresse.


— Quand donc l'adagio, Monseigneur ?

Prophylaxie

Johnson Johnson a deux obsessions :

Le sexe et le roman.

Désormais, il ira au jardin tout nu.

Madrigal

Dans la baignoire, Monteverdi,

Anne-Marie et Michel, dans la 348,

Une tranche de Christstollen et du café…

Je pisse dans mon bain.

Crépuscule de l'idole

Faconde demande à chacun de ses cavaliers :

« Qu'elle est votre interprétation de l'Éternel Retour chez Nietzsche ? »


(Mais pas de plus jolie fille qu'elle au bal…)

Prière en soufflet

Enroulé dans ses draps

Mangeant du rose

À en blémir

Il prie

Sans toutefois bénir

L'enchainement des causes

Qui lui ont ouvert en grand ses bras

Augenblick

Superposons nos mélancolies

Mais rien que le temps

D'une étincelle

Dans tes cheveux profonds

Pantin béni, plain-chant

Le clitoris,

Comme un phare,

Aux portes de l'abyme,

Sacre du tympan,

Sceptre du printemps…

Les cuivres et la percussion !

Coin

Épolamine Diclofénac, au tableau !

Racontez à vos petits camarades. Allez !

« Hier-soir, j'ai écouté les Variations opus 31… »

(…)

— Vous direz à votre grand-frère que je veux le voir.

Au donjon

Norma aime les jeux d'eau

Ramon aime les jeux faux

Un roman s'écrit au donjon

Sous les coups de fouets

D'un Franz Liszt très français

Maman !

Maman, maman, maman !

Sur l'étang, le cygne immobile…

En incrustation, une blonde filamenteuse

Perd le nord, la bouche ouverte.

Elle a perdu aussi les eaux,

Et toute sa lignée.

N'empêche, le cygne blanc

Ne s'y trompe pas,

Et d'un œil torve,

Il cherche la mamelle.

Les longitudes béates

Le Perle à rebours du sexe

Est un trois mâts à perfusion.

Son GPS débagoule !

Quand Olga vit la terre,

Elle demanda l'heure,

Croyant voir Parsifal.

Stoemp

Deborah prépare un stoemp.

Ursin la regarde du coin de l'œil,

Il attend le grand mélange.

Sa pipe est sur le point de s'éteindre…

Nihil obs

Pussynet Brandour est un débusqueur de nihilisme.

Sortez-vous un havane de votre poche revolver

Qu'immédiatement vous êtes démasqué.

« Nihiliste ! »

Ne faites pas mine de vous récrier,

Vous ne feriez que prouver votre culpabilité.

Brad Pitt et son cousin

Faconde Norwest trouve son amant très sexy.

Mais quand il lui demande quels sont

Les hommes célèbres qu'elle trouve sexy,

Elle parle de Woody Allen et de Finkielkraut.

Quotidien

Je me laverais bien, aujourd'hui,

Mais il faudra recommencer demain.

Dès lors, pourquoi ne pas attendre demain ?


Comme demain devient chaque jour aujourd'hui,

Ce problème n'en est pas un.

Ou alors de la pire espèce…

Grande Justice et Utopie

Libération de madame Kiki,

Enfermement de monsieur Caca,

Élargissement de messieurs Cucul

Et La Praline, leur dossier

Étant tellement puant qu'il vaut

Mieux les éloigner du siège.

Pour l'affaire de la bétonneuse birmane

Nous décrétons un non-lieu.

Trois points

Les femmes sont des points et vont par trois.

Je n'essaierai pas de le démontrer,

…

(Ni maintenant ni jamais.)

L'Apolésie

Dans la crypte, un grand chien chauve,

Qui fixe le mur de l'alcôve.

Houellebecq et Nicole,

Du rouge sur le col,

Qui sirotent un wisky.

Les couples dans leurs nids,

Le nez rouge et les ongles sales,

Sont tous en sandales.

Ça va bientôt commencer,

Le tout c'est de se lancer.

Péripétie

À ses aises, Claudine, à ses aises,

Comme une braise en thèse.

Et la maman de Xénophon,

Là-dessus, pirandellienne crapule,

Qui oublie de mettre son alèse…

Danse baroque

— Et les adverbes, on en fait quoi ?

— Balance, Gérard, c'est tout des conneries.

— OK, Chef, OK, mais je vais vous dire un truc.

— (…)

— Je me suis mis à la danse baroque.

Cérémonie

Les poètes s'allongent, tête-bêche.

Quand les murs ont commencé

À se rapprocher,

Georges a versé l'huile

Et l'on a chanté du Céline Dion.

(Un pope s'est éloigné en courant…)

Tourisme

Dans les Carpates,

On mange des pâtes.

Alors qu'ici,

Je n'ai que des soucis.

Le Maillot

Sur le tag, on avait remis le livre sacré,

Comme si l'endroit et l'envers se rencontraient.

— Madame Caro, j'en ai plein les disques durs,

De vos salades crues !

Tapis de prières

« À vulve égale, le café est moins fort. »

Ça alors, je dois dire que je m'en doutais,

Mais je n'aurais jamais osé le formuler.

La Veuve épilée du cliquet

« Le seul champagne digne de ce nom

Est celui dans lequel flotte un poil de femme. »

(Il aura suffi de peu pour défranciser

Des millions de jeunes Européens.)

Versailles Clapier

Le Roy et son homard,

Dans la chambre à moucher,

Ils se bidonnent grave

En regardant la téloche.

(Sarah Croche et Sarah Pelle

Jouent au bilboquet

Sous le duvet.)

Le ministre a la pétoche

Et se mouche dans ses

Tigres de papier.

Parfum, givre, sueur

Forêts

Toute honte

bue'°° éclats

Buter tout bombre

Jardins

ton'°° bijou

Bouton tue tombre

tout'°° contrepoint

Bagatelle

Toute bonté mombre

hue'°° ailes

Tuber bonté

Sanglotons

En cercle

out'°° sauce

Buée tombe

bout'°° fièvre

Rouge

À la cuillère

Toison

Bruits jetés

Derrière

Boire

Fins

Ronde en croix creuse

Vieille fille aux billes

Carrées et affreuses

Affolant carrousel

Bloc de meulière

Abattant les dernières

Icônes d'un doigt de feu

Manège de concepts

Derrière les persiennes

Un glas chrétien se

Consume sur la page

La fileuse file en ville

On n'espère plus rien

Au coin de la rue Denner

Elle était toujours là

La petite brune

Qui aimait les paras

Elle avait des tics

Et mal à la tête

Souvent presque toujours

Cétamol était sympa

On pouvait la cogner

Sans qu'elle s'énerve

Au coin de la rue Denner

Où la petite brune se tenait

Avec ses tics et son mal de tête

Sous la pluie elle aimait

Les paras et les coups

La voix aiguë et pieds nus

Souvent presque toujours

Elle était là au coin

De la rue Denner

Cétamol était sympa

Et pas chère avec les paras

La petite âme particulière

Brune sans qualités

Née de l'âme première avec

Ses tics et son mal de tête

Naissance des fesses

Ça l'a travaillé toute la matinée

Il prenait son cacao à Macao

Cette histoire de raie

Quand elle a traversé le ciel

Qui a coupé le ciel en deux

La grande raie brillante

Enfin assis enfin l'équilibre

La lumière et l'ombre enfin

L'unité et le nombre enfin

Le fondement et la séparation enfin

Le moelleux et le désir enfin

La femme et l'homme

Dans la vallée et sur les monts

La cuisine au beurre

La chaleur du foyer

Et entre ses bonnes joues rebondies

La plaie joyeuse de la bouche

Enfin

Le Sourire des tropiques

Jean-Guy et Nicole noyés de larmes,

Rentrés en leur joli chalet de chocolat,

De retour des Maldives,

Où de gentils animateurs facétieux

Les ont traités de porcs et de chiens,

Tout ça avec le sourire,

Doivent reprendre le boulot, lundi matin,

Sous la pluie et les crachats de l'Autre.

Ce sont des héros, nos héros modernes ;

Ils recommenceront, car ils sont comme ça,

Rien ne les détourne du Bien,

Rien ne parvient à leur ouvrir les yeux,

Car ils n'ont pas d'yeux, pas d'oreilles,

Mais ils ont un cœur, immense, doux

Comme un fromage blanc battu.

(Et quand l'aube glacée viendra,

Nous regarderons ailleurs.)

L'Autre valait bien une messe !

Reste

Les Roses d'Ispahan et les cigares du Docteur Muller

Les Vèpres de l'Italien et les caprices de la divine

Les seins de la Joconde et les mains de Raphaële

Les glycines de Rumilly et les couloirs de l'hôpital

La raie au beurre noir et les croissants tièdes

Les plages de Grèce et les gares du Midi

Les draps froissés et les pieds sales

Mais surtout l'odeur de ton ventre quand je m'approche de toi.

Situation 1

1.110.21 Qu'est-ce que tu perds ton temps à lire ?

1.117.22 Pourquoi porte-t-elle une minerve ?

1.118.22 Je suis très ironique, vous vous en rendez compte ?

Les branches des arbres, les culottes des filles, les moustaches des chats.

Et Gesualdo dans la pièce à côté…

Chaussettes

En rémoulade, les yeux très écartés,

Elle ne pouvait que s'allonger,

Quand Max lui lisait Leconte.

Ses yeux saignaient, les loups hurlaient,

Et la mer se retirait. Elle gardait ses chaussettes.

Le Cierge et le Pinceau (hymne de banquet)

Machepipe avec Carnegie,

Deux octobasses marinées,

Trempées de désaccords béants

Et de pustulents glissandos,

Dispersaient le cœur sur la touche

Et l'antonomase au talon.

(À la clef, trombones farcis

Et cymbalum aux petits pois.)

Mais alors, Johnson et son luth,

Ruth et son pot de crème fraîche,

Et la louve dans son alto,

Comme des triolets tout juste

Échappés de l'Académie,

Et lardés de tous les piercings

Entreposés au fond du Rhin,

Entonnèrent l'hymne du Cierge

Et du Pinceau, malgré le froid

Qui ramollissait les outils.

Le constat n'était pas fameux

Et donnait envie d'une vive

Coda qui cèlerait la chose

Au creux d'un bénitier jaunâtre

Flottant très mal au fond d'un puits.

Entendant ce désastre cuit,

Mélandor Clarismont ne put

Qu'assommer Androse Vertèbre,

Sur le point de fuguer en rut,

Comme le petit saligaud

Qu'il avait toujours rêvé d'être.

« Cette symphonie est à vous

Désespérer du contrepoint ! »

Martela Charles, hirsute et blême,

Et qui fondait comme bougie

Entre les cuisses de Faconde,

Trop fière pour apercevoir

Le chœur qui allait l'engloutir.

Gilberte, pensive, leva

Sa baguette, comme le gibet

Résumé d'une catastrophe

Ancienne et démesurée,

Et, avant même de lancer

La gigue, mourut d'un point d'orgue

Au cœur de la ronde infinie.


On passa très vite au dessert.

Chanson

Le long de la rue noire

Accalmie sur le con

Je tourne en rond

Sur la raie de ta passoire

Oyohoho ! Oyohoho !

(Hommage à Charles Trenet)

Tout

Albert Duspasme a commencé son livre,

Son grand livre de la bite.

Tout sur la bite,

Par Albert Duspasme.

La préface est de Faconde Norwest.

Il y a même un index.

Coupable

Et dans ce couloir, des portes,

Et dans ces portes, des yeux,

Et dans ces yeux, des larmes.

« Marche droit, camarade ! »

Il aurait bien voulu rire,

Éclater de rire, ou chier sur place,

Mais il continuait d'avancer.

Il suivait la ligne tracée au sol,

Essayait de faire venir à lui

Le visage de sa mère,

Les seins de sa femme,

Les cheveux de sa fille…

Après Guerlain

Kagi ouvre la porte, et un œil.

Il voit le poème, encore chaud,

Et tout palpiptant,

Comme un chancre purulent

Sur une écharpe Lancôme.

Se tait. Et referme la porte,

En un silence parfait.

Guerlain

Elle a soufflé sur le cristal

Et c'est Chérubin nu qui passe,

Comme s'échappant d'une impasse,

Tout déguisé de fins pétales.


Rémoule

Frotte ses seins sur le papier de verre

De la poussière qui en tombe

Elle fait quelques phrases sans coutures

Sans espoir ni intersections

L'Apnée d'Antonin

— Antonin, asseois-toi. Ici, près de moi.

— Oui, d'accord, je m'asseois.

— Maintenant, tu vas cesser de respirer.

— Oui, d'accord, je retiens mon souffle.

(Cet enfant est désespérant.

Quand va-t-il se rebeller ?)

— Dis un mensonge, pour voir.

— (…)

— Enfin ! C'est la première fois que tu désobéis !

Je suis fière de toi, Antonin.

Dommage qu'il ait fallu en arriver là !

Cul par-dessus tête

Au talon elle tire sur l'archet,

Jusqu'à briser l'instrument,

C'est une cavalcade sombre.

Hilary n'a pas ri,

C'est une date !