Farine media

« Kagi raffole des châtaignes séchées. »

— Mais que voulez-vous que ça nous fasse ?

Les journalistes n'ont jamais

Rien compris à la politique.

Temps mort

« Seules les nuits que nous passons seuls

Nous apprennent ce qu'est l'amour. »

— Arrête, Johnson, on dirait du Cambier !

— File sous la douche, Elvira, j'ai du travail.

Seule

Faconde, sous la douche,

Pense à la nuit de Budapest.

Encore mouillée elle se couche

Dans la nuit palimpseste.

Ton volcan - Point d'orgue

Vagues, plus vagues moins vagues,

C'est toute une combinaison d'odeurs,

C'est le doigt levé vers l'Ut,

Et dans un grand crescendo

Une apocalypse de neige fondue.

(Et puis…)

Négocier

(La Russie ne peut pas mourir,

C'est comme moi, je ne peux pas.)

Même si Faconde sue abondamment,

Elle traverse le détroit avec adresse.


À deux cents roupies, on la devine radieuse.

La Femme

Des hanches de bouteille,

Un cul de lampe,

Un col fermé.


Elle avait tout prévu.

À Venise

Se lever tard et plus d'aventures.


Comment ne pas ouvrir les yeux,

Toujours trop tard,

Tout près du mur ?

Au clou

Fondre les définitions, pendre les paroles,

Employant le même sang à les arrondir,

Les laisser dire même et surtout

Jusqu'à l'exaltation du désir.

Vivre dans la familiarité du plaisir

Comme si perdre la vue menait

À l'aube de l'intelligence.

Elle et Lui

Parler en silence :

Les protéger du monde,

Leur parler doucement,

Déplacer le parasol,

Et sentir qu'ils sont bien là.


(à mes parents)

Le Voyage

« À ta place, Dieu. »

Sous les tunnels, nous nous taisions,

Ça sentait la pomme et le savon.

Et le rythme, comme Sa Parole

Enroulée aux essieux…

Traitement pour le Roi

Qui parle ?

Qui est-ce ?

Quiproquo.

Hymnes

« Je te le répète. »

— Tu me l'as déjà dit !

— Je sais bien, avec toi

Il faut tout dire cinq fois.

(Dans le puits de ses oreilles,

Mes cendres dispersées

Comme au hasard)

Dans le corridor

Je montre mon couteau pour l'effrayer

(J'en profite pour créer une chaire d'éthique) :

Faconde Norwest ouvre la bouche

Et j'appuie sur le bouton.

(Clic !)

Ah, si j'avais su, dira-t-elle trente ans plus tard,

Au micro tendu par sa descendance.

Les plis légers

Sa voix, sa voix comme une cire chaude,

Table ouverte, elle coule

Mes cartes dépliées, nous

Étudions la bataille à venir

Pssst ! Par là, Signorina…

Elle me bande les yeux :

Ah ah ah, je ris et je bande.

Pssst ! Le chapeau et les perroquets

Du Maître sous sa robe d'été.

Froissements d'ailes…

Catalogue

Mille et trois en Espagne,

Mais j'ai oublié mon passeport

Sur la commode.

Johnson Johnson appelle le garçon d'étage

Et lui lit Justine,

La télé diffuse la messe.

Pendant ce temps, elle joue au tennis,

Comme si de rien n'était.

(Sous les masques, la sueur)

Charlie

Zig-zag de l'Oiseau pressé :

Il courbe le fer, il déroute l'amer,

Il perfore le plomb

D'un geste acide et fier.

À la mer

Sans sel depuis le haut des cuisses

Nous partons en voyage.

Les vagues sont hautes

Comme de vieux mages.

À babord ça glisse,

À tribord ça saute.

Grand soleil

Jusqu'aux orteils.

Fin de l'être

« Sois efficace ! dit la guêpe. »

« Sois perspicace ! dit la tortue. »

Mais le temps courbe ses ongles

Pour me les planter dans l'os.

(Agir n'est pas une sinécure)

Attaques

Mon quatuor est tout de quoi,

Mon sextuor est tout de sexe,

Mon duo est assez dodu,

Mon quintette est tout en tête,

Et presque en ut.

Sur mes archets la vie est tendue

À rompre.

Dans les marais

« Glouck ! » « Glouck ! » « Glouck ! »

Ça fait glouck à chaque fois qu'ils tirent dans l'eau.

Faconde respire fort, je vois sa poitrine monter et descendre.

On a très peur (elle est bronzée de partout) mais ce que c'est bon !

Menuet

De l'autre côté, ah, de l'autre côté !

Ah ça oui ! Toujours par delà, toujours

Ceux qui dansent le menuet

Savent de quoi je parle.

(Je me comprends)

Les miroirs (ailleurs)

Quelle foire mes amis,

La glace est noire de monde !

Jean Santin et sa femme,

Bras-dessus bras-dessous,

Ne voient personne,

Et vivent (l'instant) comme si.


Ils ne font pas de bruit,

Passent et trépassent.

Conséquences

Titus et Uranus battent des ailes

Comme deux abeilles

Au bord du Gange.

Ça sent fort !

(Et encore, Hactor est couché !)


— Longtemps ?

Pont

Saccage et Simon à la nage

Rendus avant l'heure

Sur le petit pont

Comme tous les soirs.


Une poire et des raisins,

Quels intestins

Au réfectoire !

(Mais trop de beurre…)

Duo

Où habites-tu, fillette ?

Elle ne répond pas.

Qu'attend-elle pour perdre

Son anneau ?

(Les amateurs surprennent toujours.)

Buissons

Et c'est lent, mais

Pas de vent.

Sous les buissons

On voit sa culotte,

En rond et les bottes.

(C'est fait)

À Uchaux

À Uchaux, là-bas.

Derrière les pianos

Les fourneaux froids.

À table la Comtesse

Assise sur ses fesses.

(On y pense…)

Dire

Cire coule

Coule, coule et coule.

Cire et récit sans écrire

Ça.

Ça roule et c'est pire

De le dire.

Impassibles et assises

À l'octave

Sous le ciel déjà

En trait-d'union

Elles donnent aux trombones

Par-delà le jambage

Tout coton entre

Des airs sentencieux

Les arrêts Da Capo

Quand Anselme crie

Au jardin la laine

Bien trop tard !

Roue libre

Cacophonie et Faconde sur leurs vélos

Se fendent l'abricot tellement

Elles rient.

En roue libre comme des hirsutes

Elles avalent tout se qui se présente.


Un notaire les regarde passer

Et les salue du gland.

Au point où nous en sommes

Au festival, les mouches

Sur la touche à la corde.

Pendant la durée,

Il faut marier les grandes orgues.

Précautions

Docteur Simon parle en mon nom :

Que celui qui se cache se lève

De sa couche pour se moucher

Prudemment.

Lourdes vapeurs

Si, dans la nef, un nerf solitaire

Brame comme un cerf,

Si, dans la serre, Mathilde

Rêve d'un Tristan ordinaire, et si

L'ange s'arrête, aux premiers chagrins,

Je vous conseille de mettre la clime.

Tlangage

Chaudeflûte est en train de crever son plafond.

La toison bleue déplissée par le vent,

Il ne sait plus comment s'arrêter,

Les jambes en éventail

Et le cadavre à la poupe.

— Hûûûûûûûûûûûh !

Carlitos

Carlitos est bien peigné.

Il met sa casquette, et

Joue Chopin comme un pompier

Qui rallume les incendies.

(à mon Maître, Carlos Roque-Alsina)

Les roses d'Albeniz

El Albaicin, El Polo, Lavapiés.

Onze doigts autour du pot,

Dans la confiture d'ivoire.

Ces Espagnols me rendront fou !

Résistance

Le scandale du parapluie, vous vous rendez compte ?

Le scandale du microscope !

Le scandale du bikini !

Chaque jour se révolter,

L'injustice va sans cache-sexe.

Et jouer du piano, par-dessus le marché ?

Gamme par tons

« Au fond ce qu'il faudrait c'est

Passer l'éponge sur tous ces nuages. »

A Almeria, dans le grand lit,

Elle a sorti le grand jeu.

Trop tard

Cristaux, rayures, paravents.

Tout un assortiment,

Quand est venu l'aube.

— Pauvre de lui, trop tard !

Désaltérer

Les petites suites en bémol,

Sans amour vous ne pourriez pas

Désaltérer, secouer, faire escale.

— À la tête, tout de suite !

Fidel à la pompe Castrol

Hi, Kagi !

Toujours fidèle au poste,

Quand je remplis le ré

Servoir de mon auto,

Je le vois, le gros

Barbu et son cigare.

Qu'il n'approche pas ou

Je ne réponds de rien.

Vrai : dans ces moments-là,

Il faut se concentrer !

Aïe ! Pan ! Pan !

Sixte napolitaine

À la radio toute, une poignée d'idiots

Je lâche, les cigales sur le populo

C'est dramatique, comme de l'art.

Au cadran : sixte napolitaine.

Sauf le bouton !

Sauf le bouton, lui dit Faconde !

Tonton Albert a encore déconné,

Il a des poils qui lui poussent sur le nez.

Et voilà ! Elle est furibonde…

Passacaille (2)

J'ai vu passer la cavalière

Couchée sur le flanc

Et j'en suis tombé amoureux

Comme un beau caprice

Elle tire la langue

Couché sur le flanc

J'ai vu passer la cavalière

Comme un beau caprice

Quartet in my pocket

Tony a mis le paquet,

Miles a soufflé dans le tas,

Ron a tiré la corde,

Kagi tient la porte.

(Ça finit toujours comme ça.)

Dispute

Elle et lui semblent ne pas se voir.

Pourtant on les entend se battre.

Ça fucking crépite de la barbe…

La Chambre

Il est dans un cercle.

Philosophe-araignée, quand

Il agite ses pattes,

La toile tremble.

Quelqu'un

Elle est dans un carré.

Sur la boîte, il est écrit :

« N'entrez pas,

Quelqu'un veut sortir. »

Halte au feu !

Chenderlin sur le tard,

Comme un vieux lupanar

En train de composer,

Il fallait oser !

La farce du destin

— T'as un clope, Bazajet ?

— Et comment se porte Madame votre mère ?

— La-si-do-mi, la-si-do-mi, la-si-do-mi, fa fa mi.

Événements

Elle se lèche la queue

Et les cigales arrivent en Normandie.

Bien la peine de partir en vacances !

Passage

Une à une

Elles passent et repassent

Devant le parc aux mensonges.

Trois lunes se voilent,

Deux soleils pleurent.

Rien n'y fait.

Morsure

Se mordre la queue,

Quand on y pense !

(Après les heures viennent les danses.)

Dans le Gard, c'est la bagarre

On lit un polar.

Il se fait tard, et

Voilà qu'ils roulent plein phares !

Edgar en a plein le dard,

C'est moi qui vous le dis !

Clifford

Clifford marche, il porte un grand chapeau.

Entre les quatre murs blancs,

Je me remémore l'odeur de sa pipe.

(Mais allez-vous vous taire ?)

C'est l'été

Caducé et sécateur, nonobstant,

En plein soleil.

Les garces n'en font qu'à leurs têtes !

Le cuir ferme les yeux

Sur leur aventure.

(Il faut bien que l'heure passe !)

Élise et Irène

Élise et Irène ne s'écrivent jamais,

Ne se téléphonent pas,

Ne se connaissent pas,

Ne se sont même jamais rencontrées.

(Les voyageurs sont bien arrivés,

Il fait déjà chaud.)

Source

Aldo Ciccolini joue Evocation.

Dans les bosquets du plaisir,

On entend la source

De tout amour.


— Sans paroles, vers l'orage.

Géométrie

Pourquoi évitez-vous la symétrie, Kagi ?

— Parce que nous aimons les anges.

— Parce que la musique.

Tu parles

Personne ne comprend,

C'est une évidence.

Je ne comprends pas l'évidence.

Sur la table, et même à côté,

Quelques mots, en trop déjà,

Pour parler de l'évidence.

L'évidence ne comprend personne.

(Je me comprends.)

Carton

Duspasme Albert, peintre de vulves.

Brantôme Mélanie, poétesse illettrée.

Bin Loden Vianney, recruteur.

Beulemans Nadine, décroisée urbaine.

…

Ont l'honneur, etc.

Raser

Pour un rasage précis et doux

Préférez Kagi et Kagi :

L'apolésie qui rase de près,

Sans arracher l'anneau.

Le Grand Matin

Elle était du genre bien en chair ;

Elle aimait le melon et les fraises.

Le bateau n'attend pas

Quand la nuit se retire.

Canotage

J'ai loué une barque.

Elle rame, je rame, nous ramons.

« Pourquoi ne me regardez-vous pas ?

— Parce que vous me regardez trop. »

Rêves

Je dors sans dormir

Je pars sans partir

Je souffle sans respirer.

— Quels rêves que les miens !

Typhon

Ma collection de pièces.

Je ne joue dans aucune d'elles

Mais je brûle tout de même.

Heures

Un joli petit paradis,

Sans culotte ni répit,

Et le soir qui ne vient pas tout à fait.

Durée

Encore un jour

Et la plaque de marbre

Va se détacher.

Déclaration

Quand Johnson Johnson me regarde,

Ma colonne de droite est torve.

(Je leur avais bien dit, aux impôts !

Je veux bien payer, mais à condition

Que les petits artichauts soient cuits.)

Le pont du Gard

Aristote, enjoué, tirant sur sa pipe :

« Tout à l'heure, j'ai aperçu Faconde sur le pont du Gard ! »

Socrate, piquant une frite :

« Toute nue, sautant sur un matelas rayé ?

— Je ne sais pas, il y avait un gros nuage. »

Traces

Tu dis cela d'une voix qui vient du bout du monde et

L'écrire est comme jeter des insectes sur la page.

Littérature

Quand je pense à la Duras, j'ai de l'eczéma.

Mais il suffit que Lola écarte les jambes

Pour que le soleil revienne.

La Goutte qui fait déborder le naze d'Or

Soliman, il est bientôt six heures,

Tu nous sors le sauciflard ?

(Pas de fumée sans œufs, dit le commissaire !)

Pendant que Sarah varie,

Moisie comme France,

Et l'Autre, en transe dans sa poussette,

Qui baille aux burquas,

Les Gaulois font des bulles

Et désormais dînent avec les gazelles,

Celles qui chient aux champs.

(Pas de fumée sans jeux, dit le casoar !)

Liquidez tout et amenez-moi cet individu.

Oui, le Vice-Consul ! à la Goutte d'Or !

Or, le piment était passé ;

Passé comme une huître belge,

Gros bourgeon sale et morveux.

À la Goutte d'Or, ça plaisante pas

Avec les passants.

(Pas de fumée sans eux, dit l'associatif !)

Mais Anne-Marie et Lola-Valérie baissent les yeux,

Ça leur évite de voir les heures sombres

Et les testicules du préfet.

(Pas de fumée sans nœuds, dit le prompteur !)

Entre

Zwischen !, et nous étions très attentifs.

Comment oublier cette préposition,

Postée à l'aube comme une annonciation,

Entre les deux seins lourds de Mademoiselle,

Séparant, calme, le ciel de la mère ?

Depuis, j'aime les raies et la musique,

Les frontières, les vallées, les ruisseaux,

Les plis, l'attente et les formes,

Et le contrepoint.

Le Point

« C'est tout un point. »

« Sur le museau, un trousseau de clefs. »

« Sérieusement, j'en doute. »

« Estimation gratuite, engelures garanties. »

« À l'étroit, quand la vie afflue. »

« Un désordre de pute. »

« La massification du cœur. »

« Deux gélules dans un grand verre d'eau tiède. »


Ce matin, Kagi range quelques phrases. Il fait le point, il les mesure, il les pèse, il les renifle, puis il les met dans des petits sacs en plastique. Ensuite viendra la ponctuation. (Ne pas oublier les prépositions.)

à B.

Dans de beaux bras

« Ils sont plus longs que mes bras,

Ils sont plus longs que moi ! »

Pourquoi ne voudrait-elle pas

Savoir la couleur de mes draps ?

Justesse injuste

Justine était gracile dans les glaçons,

Ça ne pardonnait pas !

Justin était pubère et pudibond,

Juste ce qu'il fallait !

Sans espoir, ils eurent pourtant

De très nombreux enfants,

Des ces enfants qui sont

Comme des vieillards en transe,

Pétrifiés d'enfance

Et glacés d'argile lourde.

Johnson Johnson dit alors :

Voilà la France !

Juste la France !

@ +

Dans son immense bonté

Et dans le creux de la voix,

Comme un cygne fatigué

Qui a trop entendu les humains

Se plaindre de leurs lois,

Il fait un geste de la main

Qui signifie qu'il s'en va.

Avant l'été

« Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas ! »

Kagi Ku, lorsqu'il va à la ville, essaie la formule

Sur les passantes jolies qu'il croise.

Le résultat n'est pas à la hauteur de ses espérances,

Mais l'été n'est pas encore tout à fait là !

Les dimanches de M. Croche

Devant l'écran, une odeur de fraises et d'essence

Timide dans les percussions

Facile dans les pardons

Giclures d'absence

En rythmes impairs

Constat à l'amiable

J'arrive en bas de chez elle et je dépose mon cierge.

Mon caramel en poche, elle se tire la mangue :

Cette idiote a ses loches sur ma langue

Et ses nougats sont étalés sur la serge.

Un chapeau mou, mou comme le démon,

Une libellule fraîche, fraîche comme un hélicon,

Tout ce foutoir comme un mauvais sermon.

Qu'est-ce qu'on peut faire ?

Fins

La clarinette, dans son lit de cordes.

Tante Antoinette s'assoupit dans le fauteuil.

Le soir vient, ça sent la soupe au jambon.

J'ai mal à la tête. Il faut finir ce qui est commencé.

Les désarrois du pêcheur de moules

Sentimentalement, il est bas.

Intellectuellement, il est las.

Spirituellement, il est ça.

Pas à pas, il s'en va.

Là, et encore là.

On the road

Elle passe sa langue sur ses doigts.

(À côté du port, nous nous arrêtons.)

— Tire les rideaux, voyons, et lâche le frein à main !

Action

Caprice mineur : c'est le citron.

Caprice majeur : c'est le bonbon.

Modulation : les abricots sont chers, cette année !

Quadrature étrécie

Françon Mattois nous envoie des messages.

Françon Mattois croit que nous existons.

Françon Mattois veut dialoguer.

Françon Mattois n'existe pas.

Dialogues désincarnés

À quelqu'un qui lui demandait le prix du plaisir,

Faconde répondit qu'elle ne lui faisait aucun crédit.

— Mais ce n'est pas ce que je vous demande !

— Mais moi c'est ce que je lui réponds.

Perdre le nord n'est pas son fort, à la Faconde.

Flutter

Sur les sept heures quart, Johnson Johnson

Met ses baskets et va faire son floutting.

Autour de la maison, il flutte

À pieds disjoints, en mode lydien.

Sur son arbre perchée,

Faconde le regarde et se moque.

Mais la pauvrette ne sait pas tout…

Se vuol ballare

Trotsky est devant, son chapeau à la main.

Malembert appuie sur le champignon,

On s'enrhume sous le ciel bas.


— Avanti la machina ! c'est moi qui régale !

Vigie

Corset moucheté, pilule dorée,

Le feuillet se dissout à l'aube.

À babord, Johnson louche un bon coup.

— C'est fou ce que ça fait du bien,

Dit le matelot dégrisé

Par tout ce sel.

J'aurais pu l'écrire

Elle penche la tête.

Elle s'assied sur moi.

Elle me plonge en elle d'un coup.

Je jouis.

(à PQ)

Voir

Ce sont trois petits avions

Dans le ciel bleu, immense.

Léon dit : « Ce sont trois petits avions. »

On les voit.

(à Léon Z)

Ne pas finir

Contre cette nuit si personnelle

Elle en veut au trépas.

À mon avis un sacré compas

Sur la feuille plissée de ses ailes !

Déjà, on respire dans

Le bruit du rêve (après Satan)

Faconde, je surprends la nuit de ta trouée ;

Tes seins sont nus, ta face est de lueur baignée ;

À quoi rêves-tu seule dans ton noir grenier ?

Faconde répondit : — Je serai l'attouchée

Et j'ai la hanche au loin dans la blonde où nous sommes.

— Qu'est-ce donc que tu fais ? — Une bouche pour l'homme.


(à Hugo Victor, le fils à Marcel Victor.)

H, comme huit

(Cachés, à l'hôpital,

Dans la chambre de garde.)

Sur la couche, Homère coache

Son Hactor en plainte totale.

À huit et demi sur la hache

On dirait que ça barde.

L'image

Rien que lui avec les morts,

Rien que lui parmi les ombres,

Sans arrêt devant le lac,

Il peut deviner les voix,

Brouillées et éternelles,

Qui, sans un bruit,

Dévorent le temps.

N, Nefertiti

Son nez, son pied, son œil…

Quatorze jours après la lune

Sous mon regard en deuil

La reine s'enfuit dans les dunes.

À sa noble croupe attaché,

Je ne suis qu'une aile coupée

Dans le long rêve inhabité.

G, septième scène

Pilus et Capillus en viennent aux moins.

Faconde Norwest, souvent à pied,

N'en revient pas toujours intacte.

Sous son bonnet G,

Elle se gratte le col,

En mode phrygien.

(Kagi s'en lave les mains.

La seule chose qui l'intéresse

C'est de voir la scène capitale.)

Au four

Elle commande aux deux brioches :

« Enfarinez-vous, nous n'avons que peu de temps ! »

Mais les belles écouteuses ont d'autres projets.

Le ciel est toujours cerné de feinte,

Quand la nuit a été fine dans le moulin.

Tennis

Les balles dans la culotte,

Un mètre quatre-vingt huit

Plus loin, la Russe

S'adresse à ses orteils.

— Quelles couleurs dans le sommeil !