Géométrie

Pourquoi évitez-vous la symétrie, Kagi ?

— Parce que nous aimons les anges.

— Parce que la musique.

Tu parles

Personne ne comprend,

C'est une évidence.

Je ne comprends pas l'évidence.

Sur la table, et même à côté,

Quelques mots, en trop déjà,

Pour parler de l'évidence.

L'évidence ne comprend personne.

(Je me comprends.)

Carton

Duspasme Albert, peintre de vulves.

Brantôme Mélanie, poétesse illettrée.

Bin Loden Vianney, recruteur.

Beulemans Nadine, décroisée urbaine.


Ont l'honneur, etc.

Raser

Pour un rasage précis et doux

Préférez Kagi et Kagi :

L'apolésie qui rase de près,

Sans arracher l'anneau.

Le Grand Matin

Elle était du genre bien en chair ;

Elle aimait le melon et les fraises.

Le bateau n'attend pas

Quand la nuit se retire.

Canotage

J'ai loué une barque.

Elle rame, je rame, nous ramons.

« Pourquoi ne me regardez-vous pas ?

— Parce que vous me regardez trop. »

Rêves

Je dors sans dormir

Je pars sans partir

Je souffle sans respirer.

— Quels rêves que les miens !

Typhon

Ma collection de pièces.

Je ne joue dans aucune d'elles

Mais je brûle tout de même.

Heures

Un joli petit paradis,

Sans culotte ni répit,

Et le soir qui ne vient pas tout à fait.

Durée

Encore un jour

Et la plaque de marbre

Va se détacher.

Déclaration

Quand Johnson Johnson me regarde,

Ma colonne de droite est torve.

(Je leur avais bien dit, aux impôts !

Je veux bien payer, mais à condition

Que les petits artichauts soient cuits.)

Le pont du Gard

Aristote, enjoué, tirant sur sa pipe :

« Tout à l'heure, j'ai aperçu Faconde sur le pont du Gard ! »

Socrate, piquant une frite :

« Toute nue, sautant sur un matelas rayé ?

— Je ne sais pas, il y avait un gros nuage. »

Traces

Tu dis cela d'une voix qui vient du bout du monde et

L'écrire est comme jeter des insectes sur la page.

Littérature

Quand je pense à la Duras, j'ai de l'eczéma.

Mais il suffit que Lola écarte les jambes

Pour que le soleil revienne.

La Goutte qui fait déborder le naze d'Or

Soliman, il est bientôt six heures,

Tu nous sors le sauciflard ?

(Pas de fumée sans œufs, dit le commissaire !)

Pendant que Sarah varie,

Moisie comme France,

Et l'Autre, en transe dans sa poussette,

Qui baille aux burquas,

Les Gaulois font des bulles

Et désormais dînent avec les gazelles,

Celles qui chient aux champs.

(Pas de fumée sans jeux, dit le casoar !)

Liquidez tout et amenez-moi cet individu.

Oui, le Vice-Consul ! à la Goutte d'Or !

Or, le piment était passé ;

Passé comme une huître belge,

Gros bourgeon sale et morveux.

À la Goutte d'Or, ça plaisante pas

Avec les passants.

(Pas de fumée sans eux, dit l'associatif !)

Mais Anne-Marie et Lola-Valérie baissent les yeux,

Ça leur évite de voir les heures sombres

Et les testicules du préfet.

(Pas de fumée sans nœuds, dit le prompteur !)

Entre

Zwischen !, et nous étions très attentifs.

Comment oublier cette préposition,

Postée à l'aube comme une annonciation,

Entre les deux seins lourds de Mademoiselle,

Séparant, calme, le ciel de la mère ?

Depuis, j'aime les raies et la musique,

Les frontières, les vallées, les ruisseaux,

Les plis, l'attente et les formes,

Et le contrepoint.

Le Point

« C'est tout un point. »

« Sur le museau, un trousseau de clefs. »

« Sérieusement, j'en doute. »

« Estimation gratuite, engelures garanties. »

« À l'étroit, quand la vie afflue. »

« Un désordre de pute. »

« La massification du cœur. »

« Deux gélules dans un grand verre d'eau tiède. »


Ce matin, Kagi range quelques phrases. Il fait le point, il les mesure, il les pèse, il les renifle, puis il les met dans des petits sacs en plastique. Ensuite viendra la ponctuation. (Ne pas oublier les prépositions.)

à B.

Dans de beaux bras

« Ils sont plus longs que mes bras,

Ils sont plus longs que moi ! »

Pourquoi ne voudrait-elle pas

Savoir la couleur de mes draps ?

Justesse injuste

Justine était gracile dans les glaçons,

Ça ne pardonnait pas !

Justin était pubère et pudibond,

Juste ce qu'il fallait !

Sans espoir, ils eurent pourtant

De très nombreux enfants,

Des ces enfants qui sont

Comme des vieillards en transe,

Pétrifiés d'enfance

Et glacés d'argile lourde.

Johnson Johnson dit alors :

Voilà la France !

Juste la France !

@ +

Dans son immense bonté

Et dans le creux de la voix,

Comme un cygne fatigué

Qui a trop entendu les humains

Se plaindre de leurs lois,

Il fait un geste de la main

Qui signifie qu'il s'en va.

Avant l'été

« Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas ! »

Kagi Ku, lorsqu'il va à la ville, essaie la formule

Sur les passantes jolies qu'il croise.

Le résultat n'est pas à la hauteur de ses espérances,

Mais l'été n'est pas encore tout à fait là !

Les dimanches de M. Croche

Devant l'écran, une odeur de fraises et d'essence

Timide dans les percussions

Facile dans les pardons

Giclures d'absence

En rythmes impairs

Constat à l'amiable

J'arrive en bas de chez elle et je dépose mon cierge.

Mon caramel en poche, elle se tire la mangue :

Cette idiote a ses loches sur ma langue

Et ses nougats sont étalés sur la serge.

Un chapeau mou, mou comme le démon,

Une libellule fraîche, fraîche comme un hélicon,

Tout ce foutoir comme un mauvais sermon.

Qu'est-ce qu'on peut faire ?

Fins

La clarinette, dans son lit de cordes.

Tante Antoinette s'assoupit dans le fauteuil.

Le soir vient, ça sent la soupe au jambon.

J'ai mal à la tête. Il faut finir ce qui est commencé.

Les désarrois du pêcheur de moules

Sentimentalement, il est bas.

Intellectuellement, il est las.

Spirituellement, il est ça.

Pas à pas, il s'en va.

Là, et encore là.

On the road

Elle passe sa langue sur ses doigts.

(À côté du port, nous nous arrêtons.)

— Tire les rideaux, voyons, et lâche le frein à main !

Action

Caprice mineur : c'est le citron.

Caprice majeur : c'est le bonbon.

Modulation : les abricots sont chers, cette année !

Quadrature étrécie

Françon Mattois nous envoie des messages.

Françon Mattois croit que nous existons.

Françon Mattois veut dialoguer.

Françon Mattois n'existe pas.

Dialogues désincarnés

À quelqu'un qui lui demandait le prix du plaisir,

Faconde répondit qu'elle ne lui faisait aucun crédit.

— Mais ce n'est pas ce que je vous demande !

— Mais moi c'est ce que je lui réponds.

Perdre le nord n'est pas son fort, à la Faconde.

Flutter

Sur les sept heures quart, Johnson Johnson

Met ses baskets et va faire son floutting.

Autour de la maison, il flutte

À pieds disjoints, en mode lydien.

Sur son arbre perchée,

Faconde le regarde et se moque.

Mais la pauvrette ne sait pas tout…

Se vuol ballare

Trotsky est devant, son chapeau à la main.

Malembert appuie sur le champignon,

On s'enrhume sous le ciel bas.


— Avanti la machina ! c'est moi qui régale !

Vigie

Corset moucheté, pilule dorée,

Le feuillet se dissout à l'aube.

À babord, Johnson louche un bon coup.

— C'est fou ce que ça fait du bien,

Dit le matelot dégrisé

Par tout ce sel.

J'aurais pu l'écrire

Elle penche la tête.

Elle s'assied sur moi.

Elle me plonge en elle d'un coup.

Je jouis.

(à PQ)

Voir

Ce sont trois petits avions

Dans le ciel bleu, immense.

Léon dit : « Ce sont trois petits avions. »

On les voit.

(à Léon Z)

Ne pas finir

Contre cette nuit si personnelle

Elle en veut au trépas.

À mon avis un sacré compas

Sur la feuille plissée de ses ailes !

Déjà, on respire dans

Le bruit du rêve (après Satan)

Faconde, je surprends la nuit de ta trouée ;

Tes seins sont nus, ta face est de lueur baignée ;

À quoi rêves-tu seule dans ton noir grenier ?

Faconde répondit : — Je serai l'attouchée

Et j'ai la hanche au loin dans la blonde où nous sommes.

— Qu'est-ce donc que tu fais ? — Une bouche pour l'homme.


(à Hugo Victor, le fils à Marcel Victor.)

H, comme huit

(Cachés, à l'hôpital,

Dans la chambre de garde.)

Sur la couche, Homère coache

Son Hactor en plainte totale.

À huit et demi sur la hache

On dirait que ça barde.

L'image

Rien que lui avec les morts,

Rien que lui parmi les ombres,

Sans arrêt devant le lac,

Il peut deviner les voix,

Brouillées et éternelles,

Qui, sans un bruit,

Dévorent le temps.

N, Nefertiti

Son nez, son pied, son œil…

Quatorze jours après la lune

Sous mon regard en deuil

La reine s'enfuit dans les dunes.

À sa noble croupe attaché,

Je ne suis qu'une aile coupée

Dans le long rêve inhabité.

G, septième scène

Pilus et Capillus en viennent aux moins.

Faconde Norwest, souvent à pied,

N'en revient pas toujours intacte.

Sous son bonnet G,

Elle se gratte le col,

En mode phrygien.

(Kagi s'en lave les mains.

La seule chose qui l'intéresse

C'est de voir la scène capitale.)

Au four

Elle commande aux deux brioches :

« Enfarinez-vous, nous n'avons que peu de temps ! »

Mais les belles écouteuses ont d'autres projets.

Le ciel est toujours cerné de feinte,

Quand la nuit a été fine dans le moulin.

Tennis

Les balles dans la culotte,

Un mètre quatre-vingt huit

Plus loin, la Russe

S'adresse à ses orteils.

— Quelles couleurs dans le sommeil !

F, sixième lettre en fantaisie érotique

(FFFF. Pas de faux pas.

Trépigner sur la fesse, oui, mais

Alors du premier coup !

Car la fin est proche.)

Si Pan ment

Dans la pente, fortissimo,

Et que Dante est hanté

Par la glose de la Chose,

Alors l'Infante se défend mal, très lente.

(Pas de désir qui ne soit le pire :

Six ifs feulent et frottent leurs feuilles

Aux phares vides et fendus.)

Sur le seuil, Kagi s'interloque en extase :

Foutre ! Si seulement et si le repos…

« Nous ne sommes pas en phase »,

Dit alors le fou en fa dièse flou,

Mais seulement pour faire une phrase

En guise de sonatine.

« Casse-cou, casse-cou ! »

Faconde abonde en aparté,

Mais, toujours aussi pileuse en fa,

Elle reste sur la corde, sous le pli

De la sage didascalie

À la menthe.

On la trépane donc

Très sucré.

Sans émotion apparente, elle tapote le 24e concerto.

« C'est pour la mémoire. »

(Huile douce et nectar sec dans la fente)

— Modulez ! Mais modulez donc !

(On voudrait l'y voir…)

Sur ce, Clara reprise ses écrans :

Tout nous tente,

Depuis la fiente jusqu'au talon.

Il s'agit de ne pas s'endormir.

L'effraie marche, là-haut,

Et le miel coule à flot,

Nous bouche les yeux

Et nous étouffe de son sirop

En climax tremolo calme.

E, cinquième lettre

« Don't ever leave me. »

Èva ne se cache même plus pour lire…

Charlie lui dit à l'oreille, E,

Des choses mêmes pires.

Il hésite, puis se jette à l'eau

Et lui déchire son chapeau.

(Tellement nuE

Qu'on ne sait plus.)

D, Soutien de famille

Soutiens de famille et jumeaux,

Ils portent des bonnets

Plus profonds que l'abyme.

Au chaud dans ces cornets,

Deux sages devant leurs trumeaux

M'essayent à la rime.

C, troisième lettre

Soudain, plötzlich, tout à cul,

Cathy cesse immédiatement

De jouer des castagnettes

Et rentre au château,

Son cratère encore fumant.

(On en reste là, la course ou la vie.)

Sur la commode,

Une lettre non ouverte.

(Les quatre cors sonnent,

Le grand-père pourrait se fâcher.)

— Mais l'oiseau…

B, deuxième lettre

À babord, on peut aber

Cevoir la baie des Bochons.

Barcel Broust est un écri

Vain français dont seuls les Ka

Gi ont entendu barler.

Gilles Beleuze et son a

Bébébaire eurent un grand

Subcès lorsque j'étais jeune.

Brigitte Bardot aussi !

A, première lettre

Elle allait, disant alentour :

« Je porterai des bonnets A. »

On ne réfléchit pas,

On lui coupa la tête.

Dans le vent

Les grands naseaux et la main des femmes…

Les hommes furieux et les horizons qui leurrent…

Quelle salade !

(Kagi se balade sur la falaise,

Il ne comprend pas ce que le vent lui dit.

Il neige au mois de mai…)


— Rentrons !

La Loi

Mois de mai, joli mois de mai,

Pourquoi reviens-tu chaque année,

Comme si de rien n'était ?

Pourquoi cette cruauté,

Pourquoi pourquoi pourquoi toi ?

Mais toi, mais moi, mille et une fois,

Je compte sur mes doigts,

Sans le secours du pourquoi,

Sans le recours de la joie.

Sauf le vent

Au marché, Faconde achète trois concombres et onze asperges.

Elle chante à tue-tête, en reprise comme en charme.

Personne ne sait à quoi s'en tenir,

Sauf le vent.

Prise par le silence, elle agite ses grands bras

Et tombe dans les fougères.

Divertissement

Pour me divertir,

Sur la table, je dispose le sel et le poivre,

Et sur ses pieds je verse le vin.

Elle glousse.

Il faut maintenant remuer la mousse !

Les seins en conclave

En cercle, ils sont assis.

Sous les voûtes, on entend rire Despina.

En entrant, Kagi enlève son aréole…

Plusieurs fois qu'on lui dit !

Au beurre et à voile

Elisabeth !

En Mésopotamie, on mange des os à poil.

L'homéopathie est un remède à moelle.

Si ça continue, je mets les toiles.

I m'parle rien qu'en Joual.

Elisabeth !

Ecrit

De l'arrachement, est-il écrit

Sur la culotte de peau de Kagi.

Comment savoir si le pli est pris ?

Ouverture

— Maman, j'ai mal à la vulve.

— Tais-toi et mange ta soupe.

Carina aime les épinards ;

Elle a de grands pieds

Qui sentent très bon.

Aussi.

À l'écart

— Comment ça que ça ?

Rien n'est jamais sûr,

Il faut cueillir les poires

Avant que l'ombre pèse

Dans le lit noir.


Que ça.

Au travail !

L'apolésie se fait au lit,

Comme la Mour.

C'est l'apolète qui l'a dit.

— Kagi met ses plus beaux atours

Et sort prudemment de son nid.

Logos

— Quelle longueur ?

— Que ça tienne dans la main.

— Le vent se lève.

Bourses

Kagi, assis sur une marche,

Rédige un hymne.

Les fruits trempent dans le sirop ;

Il en faut plus pour s'attacher.

Faconde Norwest ne parle qu'en ce dialecte

Que seuls les guerriers comprennent.

— Alors toutes les perpendiculaires se couchent.

Entrée

« Écartée large »

C'est écrit au-dessus de la porte.

(Kagi n'entre pas, il écoute :

Un train entre en gare.)

La Porte de Kiev

Alfred, tu n'entends pas sonner à la portée ?

C'est le troupieau des salopiauds

Qui vient pour juger de tes forte.

Donne leur une mauvaise raison de repartir.


— Je vais leur jouer la porte de Kiev.


Mai

Matin de mai,

L'aube accuse.

Ce sont les yeux de la fiancée

Qui ferment mes paupières.

Jusque

Jusqu'ici, sa voix comme un souffle,

Son cœur défaille.

Je reposerai sur ton corps,

Jusqu'en enfer.

La fleur de ses yeux

La porte s'ouvre sous les branches.

Elle m'attrape par les hanches.

La nuit revient de loin.

Point virgule

Espace, point, virgule.

Il s'agit d'un jeu,

Sans gain, sans morale, sans joueurs.

Kagi s'y adonne sans réserve

Quand la fièvre le prend.

A night in Tunisia

A night in Tunisia,

Ce fut la razzia.

Kagi s'en est tiré de justesse.

(Encore une histoire de fesses.)

Aïe !

Aïe !

Kagi en Siegfried

Kagi marche

Dans le désert.

Il cherche

Son cimeterre.

Son grand cimeterre sous la dune.

Un moment

On aime bien, chez nous,

Les moments à genoux.

On crie au loup,

Alors, c'est tout.

Trop

Trop c'est trop.

(Sans parler du trop-plein.)

Moi je vais vous dire :

J'en ai plein le dos du trop.

Ça suffit.

Il faut être sérieux.

Ça suffit.

Nombre du soir, sombre du noir.

Macha m'a chapitré.

Chapitré, j'ai dit pas châtré.

Le chaman n'en peut mais

Mais dit que sa chatte est

Perpendiculaire à l'horizon.

Quel con ce Sacha !

Il va encore m'attirer des horions.

Comment je n'écris pas de poésie

La polésie, l'apolésie, et leurs dérivés,

Sont des notions dérivées.

Il fallait y penser.


La Poplésie, en revanche,

C'est une autre paire de manches,

Il faut bien l'avouer.


Franchement.

L'Enrobé à chaud

Maso naïf, écarlate crapule, sinistre clystère,

Pain bénit d'arômes cramoisis, l'autre Frère,

Contenté comme une sphère de merde lustrée,

Dévale l'escalier de l'esprit, à rebours

Du remords et comme sur un volant velours.

Avalement sale d'asile liquide,

Plaquant des accords faux sans fumée,

La baroque métastase désespérée

Jette son encre antipathique et fétide

À l'oreille de ses coreligionnaires énervés.

Exceptionnellement

Pour une fois, un petit mot d'introduction. Les Kagi sont heureux d'accueillir Antonia Seguin-Fender, une jeune poétesse de neuf ans qu'ils sont très fiers de publier ici.



Amoureux

Il en était temps

Séparé

Déjà pour longtemps

Retrouvé en été ;

Reperdu dans le temps

Chaude journée d'adieu.


À la corde

Faconde Norwest se met au violoncelle.

Très velue à l'escarcelle,

Longuement elle cherche la corde de ré dièse.

C'est le moment que choisit Hector Berlioz

Pour lancer son OPA sur la Chose.

Faconde est en plein malaise.

Aux chandelles

My love, what's the matter ?

— Mange ta soupe !

(Arpèges de dégueuli)

Je n'y arrive pas, je n'y arrive pas !

Sinfonia déconcertante

Continuer de cesser ou cesser de continuer

N'est qu'un aller-retour pour l'enfer.

On n'en sort pas.

Elle se tait je parle ;

Je me tais elle parle.

Engagés sur une voie unique :

« C'est plus vivant ! »

Disait mon ami le chef de gare.


Casse-pipes au parking, vocalises kaput.

Toute la nuit

Œil plein,

Soleil ouvert,

Grand jour au large,

Il se jette dans toute la nuit.

Celle qui n'existe jamais que par ouï-dire ;

Celle qui étend son aile sur tous les désastres.

— Sans yeux.

L'emploi du temps

Aller sur un forum.

Chercher, chercher, chercher.

On finit toujours pas trouver.

(Dégoût, dégoût, des gommes.)

Ut mineur

Troisième mouvement du vingt-quatrième concerto…

L'écrire est déjà un blasphème.

L'écouter impossible.

Sonore

Ah ah ah !

Il rit très fort.

Ah ah ah ah !

Ça sent mauvais.

Corps de jeune fille…

Au café

Envie de grogner.

Tous ces cons qui se paluchent…

Et moi moi et toi toi.

À mordre, tant de salauds indemnes, au même instant !

Là.

« Pour jouir plus vite je m'injurie…

Mon enfance me rappelle aussi une odeur. »

Encore ce putain de téléphone ?

Journal

Ce foutu instinct maternel dont crèvent les artistes.

J'ai tenu, moi aussi, un journal intime.

Sans quitter l'écran des yeux, il effleure mon sein.

Scène de brousse

— Mettez votre réveil.

C'est que le lion se lève tôt !

Mon commandant accrocha son chapeau

Au sein dressé de la négresse.

Je fis alors tourner le gramophone.

Le Temps

L'unique certitude,

De pierre et de basalte.

Montre en main :

— Les couleurs mordent.

Sortir…

L'air plus frais,

La Sarabande,

Qu'importe la couleur politique !

Allez !

Nuit sans nuit…

Papa est là,

Le feu vert sur toute la ligne !

Plus personne !

Matulu parle à Matuvu :

« Hitler = SS »

Qu'en dira-t-on ?

Pauvre de nous,

Si le citron italien

Vient à manquer !

Je regardai autour de moi ;

Plus personne…

Hurlements en faveur du silence

Nous étions vraiment au tribunal.

Ces accusations pénibles ont été bénéfiques,

Mais faisons une pause.

Je vous envoie une carte postale

Et je vous laisse la mal interpréter.

— Pauvre Ludwig…

Je vous en prie, sortons

Un instant du présent.

La fureur est une douceur intemporelle,

Mais l'être convoque son étant au passé,

Toujours à venir.


Vivre c'est dangereux

Esther a le nœud au derche.

Constance saute sans perche.

Elles partent à ma recherche.

Nous allons faire du feu.

Chanson mastiquée (à John Coltrane)

Au Dahomey vivent des rois
— Boas de bois du mois de mai —
À poils en fumet-baromètre.

Si Mao met son moi en mots,
— Émoi de Mahomet sans foi —
Qu'il sache que sur mes longs doigts
— Moires fumantes moufles floues —
Le mufle que je suis omet
Les noirs soufflés du Baphomet.

Soies de nos buffles, et les oublis,
Les voilées sur les derniers mètres
Glissent en reîtres dans la boue
Comme avalées par un métro
Décadent et très impoli.

Crispations et succions…
Quelle déconstruction,
Que ces alinéas !
Méforme d'hévéa.

Patience, la correspondance !

Je m'écris une lettre.

Je suis assis et j'écris.

À moi, on écrit, au stylo-plume.

Il me demande :

« Qu'y a-t-il dans cette lettre ? »

Comment voulez-vous

Qu'on le sache ?

Je ne l'ai pas reçue.

On ne l'a pas encore postée.

Les gens sont tellement impatients !

En voiture

Mais le camping amour

Ou bien où sur la petite table

Est ouest et son asthme

Donc parmi les souffles

Orgues dans la vallée

Ni délices soufflées

Caravanes et jambes écartées


Soudain, plus personne !

La saucisse oblique : charade

Pour m'avoir il faut en changer.

Si sur cette petite table,

Elle ne se fait aucun souci,

Pour savoir il faut en manger.

Je peux me faire hara-kiri,

Car le ciel est dans mon cartable.

(Pour le voir il faut se pencher.)

Le Banquet

— À quoi pensent-ils, ces deux-là ?

— Pas à moi, pas à moi.

— Pas à moi non plus.

— Ni à moi, je vous le dis.

— Et pourtant, ils pensent si fort !

— Savez-vous qu'ils n'ont pas d'oreilles ?

— À quoi le voyez-vous ?

— Je l'entends. Ça s'entend, ces choses-là.

— Et l'amour ?

— Quoi, l'amour ?

— Eh bien oui, l'amour, enfin.

— Je n'entends rien du tout.

— Moi j'y pense tout le temps.

— Mais c'est normal, vous êtes aveugle.

— Si vous voulez, mais je ne suis pas sourd.

— Tiens, ils ne sont plus là.

— Ils ne sont pas encore arrivés.

— Il est bientôt l'heure de penser.

— À quoi le voyez-vous ?

— J'ai faim.

— C'est impossible !

Les rhumatismes

Mais c'est une veuve !

Oui, mais toute neuve.

— Mon Dieu, faites qu'il pleuve !

Entrer

Et avec la bouille qu'elle a !

Comme à la pêche,

Entrons dans la danse.

Nom

Gala avait un nom, jadis.

Je l'avais rencontrée ici,

Où elle nettoyait les cierges.